La Carbonera et la Cisterna du Musée d'Histoire de Gérone accueillent Bòlit Mentor 2025–2026 du 29 mai au 21 juin, un projet d'exposition qui appréhende la matière non comme un support stable, mais comme un organisme vivant en perpétuelle mutation. Les propositions de Neus Frigola Bagué, Agustín Ortiz Herrera et Martina Rogers, sous le commissariat de Núria Nia, s'inscrivent dans une conception radicalement processuelle de l'art : ici, l'œuvre est un processus continu.
Dans cet écosystème d'exposition, le climat, l'humidité, la lumière du soleil ou la présence humaine ne sont pas des conditions extérieures, mais des agents actifs de création. Décomposition, empreintes, prolifération microbienne et traces de dégradation font partie intégrante des œuvres, qui se transforment jour après jour. L'exposition devient ainsi un organisme poreux, où la frontière entre œuvre et environnement s'estompe progressivement.
Un second changement fondamental redéfinit le rôle du public : le visiteur cesse d’être un simple spectateur et devient partie intégrante du processus artistique. La perception sensorielle multiple et changeante engendre des interprétations ouvertes des œuvres, qui reflètent un monde instable, traversé par des tensions écologiques, sociales et émotionnelles.

Le projet repose sur une adaptation consciente à l'environnement et aux espaces qui l'accueillent. La Carbonera et la Cisterna ne fonctionnent pas comme de simples contenants, mais comme des structures actives qui interviennent dans la transformation des œuvres. Ce dialogue entre architecture et matière renforce l'idée centrale du projet : tout est changement, tout est relation.
Dans ce cadre, chaque artiste développe une démarche pédagogique et créative spécifique avec des centres éducatifs à Gérone et Banyoles. Martina Rogers Manzano travaille avec des lycéens artistiques de l'Institut Josep Brugulat de Banyoles, s'appuyant sur le contact direct avec la terre, l'observation sensorielle – même les yeux fermés – et la collecte de terre aux alentours de l'institut. De ce processus naissent des amulettes personnelles et des œuvres audiovisuelles d'animation qui puisent leur inspiration dans la nature.
De son côté, Agustín Ortiz Herrera invite les étudiants de l'Institut Santiago Sobrequés i Vidal de Gérone à explorer un espace hybride entre biologie, science-fiction et expérimentation artistique. L'observation de la boue devient un outil pour déstabiliser des catégories figées telles que le genre, la forme ou l'identité, donnant naissance à des installations et des processus audiovisuels qui explorent la mutabilité du savoir et du corps.

Neus Frigola Bagué développe un projet artistique à l'Institut Carles Rahola de Gérone, axé sur l'art comme espace de soutien émotionnel et relationnel. À travers des espaces de jeux et des ateliers d'exploration avec les élèves de deuxième année du cycle secondaire, elle crée une dynamique de confiance, d'écoute et de connaissance de soi. Il en résulte un ensemble de pratiques artistiques variées – sculpture, peinture, dessin, photographie – et une table sensorielle ouverte au public, qui prolonge l'expérience pédagogique dans l'espace d'exposition.
Ces trois démarches partagent la même éthique : l’écoute, l’intuition et une adaptation constante au contexte. Les méthodologies sont adaptées aux conditions de chaque environnement, faisant de la flexibilité une forme de savoir. Ce travail collectif n’aurait pas été possible sans la complicité des enseignants impliqués – Josep, Sònia et Enric –, figures clés de la médiation entre l’institution, les étudiants et la pratique artistique.