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CGAC : la controverse qui secoue la culture galicienne

CGAC : la controverse qui secoue la culture galicienne

La récente nomination d'Eva López Tarrío à la tête du Centre galicien d'art contemporain (CGAC) a suscité l'une des plus importantes polémiques culturelles de ces dernières années en Galice. Au-delà de la figure de la candidate choisie, le débat a mis en lumière des questions fondamentales concernant le modèle de gestion des institutions artistiques publiques, la transparence des processus de sélection et l'autonomie des espaces dédiés à la création contemporaine.

La nomination de López Tarrío, toujours en attente de confirmation officielle, a suscité une vive opposition au sein de divers secteurs du monde de l'art galicien. Critiques, conservateurs, responsables culturels, artistes et directeurs de musées ont remis en question le processus de sélection ainsi que le profil professionnel du futur directeur, qu'ils considèrent comme une figure relativement méconnue des milieux de l'art contemporain galicien et international.

Ce conflit n'est pas un incident isolé. La controverse s'inscrit dans un contexte d'inquiétude croissante quant à l'évolution du CGAC ces dernières années. Pour nombre de professionnels du secteur, l'institution a progressivement perdu le rayonnement et l'influence qui en faisaient une référence incontournable de la scène artistique espagnole. Le remplacement de Santiago Olmo, qui a dirigé le centre pendant plus d'une décennie, a ravivé un mécontentement latent.

Les critiques portent notamment sur le système de sélection utilisé par la Xunta de Galicia (Confédération de Galice). L’appel à candidatures s’est fait par le biais d’une procédure de nomination discrétionnaire réservée exclusivement aux fonctionnaires de carrière, une méthode que plusieurs groupes jugent insuffisante pour garantir la sélection du candidat le plus apte à diriger une institution aussi complexe et importante que le CGAC (Conseil central de la culture et des arts de Galice). De ce fait, la procédure aurait considérablement limité la participation de professionnels possédant une expérience spécifique en gestion muséale, en gestion culturelle internationale ou en commissariat d’expositions de grande envergure.

L'association culturelle La Vegliota , fer de lance de la mobilisation du secteur, a recueilli près de 1 500 signatures en faveur d'un modèle de gestion muséale plus ouvert et professionnel. Les signataires dénoncent ce qu'ils perçoivent comme une ingérence politique croissante dans la direction de l'institution et mettent en garde contre le risque d'une nouvelle érosion de son prestige, qu'ils jugent manifeste depuis des années.

De son côté, le gouvernement galicien (Xunta) défend la légalité et la légitimité absolues de la procédure. Le président galicien, Alfonso Rueda, et le ministre de la Culture, José López Campos, ont tous deux insisté sur le fait que la sélection respecte pleinement la réglementation en vigueur et repose sur des critères de mérite, de compétence et d'évaluation du projet. L'administration souligne également que le CGAC ne fonctionne pas comme une fondation indépendante et ne dispose pas de son propre conseil d'administration, mais fait partie intégrante de la structure administrative du ministère de la Culture.

Cependant, le problème de fond dépasse le simple débat juridique. Il s'agit du modèle de gouvernance culturelle qui devrait régir les principales institutions publiques. La tension entre contrôle administratif et indépendance artistique n'est pas propre à la Galice ; elle constitue l'un des principaux débats contemporains sur la gestion des musées et des centres d'art en Europe. Tandis que certains défendent la légitimité du pouvoir de l'État à nommer les responsables des organismes financés par des fonds publics, d'autres réclament des mécanismes internationaux plus ouverts, fondés sur l'excellence professionnelle.

Les premières conséquences se font déjà sentir au sein même du CGAC. La démission de plusieurs membres de son conseil consultatif révèle l'ampleur du désaccord et laisse présager une période d'incertitude pour l'institution. Plus qu'un différend personnel concernant une candidature, cet épisode met en lumière un fossé entre les politiques culturelles officielles et une part importante du milieu artistique galicien.

Le véritable défi commence maintenant. La future direction doit démontrer sa capacité à renouer le dialogue avec un secteur profondément critique et à redonner au CGAC sa capacité à redevenir un espace de référence pour la création contemporaine. Car le débat actuel ne porte pas seulement sur la gestion d'un musée. Il s'agit avant tout du rôle que doit jouer la culture publique dans une société démocratique et de la responsabilité qui incombe à chacun de définir son avenir.

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