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Des expositions

Nosaltres no tenim por, nosaltres som

COLITA. MANIFESTACIÓN, BARCELONA, 1977. ©Archivo COLITA.
Nosaltres no tenim por, nosaltres som
bonart madrid - 28/06/26

Au Centre culturel-librairie Blanquerna de Madrid, dans le cadre de PhotoEspaña, l'exposition « Nosaltres no tenim por, nosaltres som » (Nous n'avons pas peur, nous sommes ) est présentée. Sous le commissariat de Rafael Doctor Roncero et organisée par le ministère de l'Égalité en collaboration avec la Délégation du gouvernement de Catalogne à Madrid, l'exposition se tient du 11 juin au 30 août et revient sur l'un des épisodes les plus marquants – et encore douloureux – de l'histoire récente espagnole : la première grande manifestation LGBTQ+ du 26 juin 1977 à Barcelone.

Le point de départ est un geste photographique et politique : les images prises par Colita ce jour historique. De deux pellicules noir et blanc émergent une quarantaine de photographies qui reconstituent non seulement une marche, mais aussi un climat social en pleine transformation. La Rambla apparaît comme une étape transitoire où les vestiges visibles de la dictature côtoient les premiers signes d’une démocratie encore fragile.

Les images révèlent un contraste presque archéologique : des manifestants en pantalons pattes d'éléphant, cheveux longs et banderoles improvisées, font face à des policiers en uniforme (les « gris »), armés de matraques. Parmi elles, une image se distingue comme le cœur symbolique de l'exposition : la banderole qui lui donne son titre, « Nosaltres no tenim por, nosaltres som » (Nous n'avons pas peur, nous sommes) , un slogan d'origine incertaine qui résume la tension entre la peur et l'affirmation de l'identité.

  • © Archives COLITA.

L'exposition ne se limite pas à la nostalgie. Si elle reconstitue un paysage disparu – boutiques, cabines téléphoniques, voitures d'une autre époque, et même un trottoir différent sur les Ramblas –, elle propose également une interprétation troublante du présent. Les organisateurs soulignent que ces menaces n'ont pas totalement disparu, mais se sont transformées, nous rappelant que la lutte pour les droits est un processus continu.

En ce sens, l'œuvre de Colita revêt une double dimension : documentaire et éthique. Sa caméra ne se contente pas d'enregistrer un événement, elle y participe avec une grande proximité et un engagement profond. Point de froideur ni d'exotisation des corps en lutte ; au contraire, une volonté de témoigner qui s'impose aujourd'hui comme un élément clé de la mémoire visuelle de la transition espagnole.

Le catalogue de l'exposition souligne que cette période a marqué un tournant : une démocratie en formation où la rue est devenue un espace de lutte symbolique, politique et émotionnelle. Slogans, corps et banderoles ont servi d'outils de visibilité face à un système juridique encore marqué par la répression, notamment celle découlant de la loi sur le danger social et la réhabilitation, qui a brutalement affecté les personnes transgenres et travesties de l'époque.

Lors de la présentation, la directrice de PhotoEspaña, María Santoyo, a reconnu la dette contractée envers cette génération de militants. Ses propos, à la fois institutionnels et personnels, ont souligné que le souvenir de ces luttes apparaît comme une condition essentielle aux libertés actuelles, mais aussi comme un rappel de leur fragilité. Selon elle, le passé n'est pas clos, mais demeure un avertissement.

La commissaire de l'exposition introduit également une réflexion moins triomphante et plus troublante : la difficulté contemporaine d'articuler les luttes collectives avec la même force qu'à l'époque. Contrairement au pouvoir unificateur de cette manifestation – qui a rassemblé près de 5 000 personnes –, on observe aujourd'hui une fragmentation des discours émancipateurs, même lorsqu'ils partagent des formes structurelles de violence.

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