Le Centre de photographie KBr de la Fondation Mapfre accueille l'exposition « Tusquets de Cabirol. La forme éloquente » , un projet conçu par Marina Balagué et Arola Valls et s'inscrivant dans le cadre du cycle consacré aux archives photographiques catalanes. L'exposition met en lumière la figure de Joaquim Tusquets de Cabirol (Barcelone, 1904-1979), photographe amateur actif entre les années 1940 et 1960, dont l'œuvre offre un regard unique sur la vie quotidienne de l'après-guerre.
Son œuvre, constituée de près de 5 000 négatifs et d'un millier de tirages positifs, est restée pratiquement inconnue pendant des décennies. Ce n'est qu'en 2004, avec la découverte fortuite d'une partie importante de la collection à Palma de Majorque, que la reconstitution de son travail a pu commencer. L'attribution définitive n'interviendra qu'en 2020, date à laquelle sa photographie a progressivement acquis une reconnaissance pour sa qualité esthétique et documentaire.

Joaquín Tusquets de Cabirol, El Prat de Llobregat, Barcelone, octobre 1952, Archives photographiques Joaquín Tusquets de Cabirol / Musée maritime de Barcelone © Archives photographiques Joaquín Tusquets de Cabirol.
L’exposition, organisée par la Fondation Mapfre en collaboration avec la Fondation Photographic Social Vision, se divise en quatre espaces thématiques proposant une lecture transversale et non chronologique. Ce parcours permet d’observer la coexistence de différents registres et le raffinement progressif du langage visuel de l’artiste.
L'un des axes centraux de son œuvre est la revendication du regard amateur comme outil de connaissance. Loin des circuits artistiques et muséaux, Tusquets de Cabirol construit un récit visuel fondé sur l'observation attentive du quotidien. Ses images du littoral, de la ville et de la campagne façonnent un imaginaire d'après-guerre qui ne repose pas sur les grands événements, mais sur les petits gestes et les scènes en apparence ordinaires.
Le port de Barcelone devient l'un des espaces les plus récurrents de son œuvre. Cet environnement, partagé avec d'autres membres de l'Agrupació Fotogràfica de Catalunya, se transforme en un laboratoire visuel où le photographe explore l'architecture industrielle, les dynamiques du travail et la présence humaine. Les personnages, souvent absorbés par leur travail ou leurs loisirs, deviennent autant de supports d'expérimentation pour le cadrage et la composition.

Joaquín Tusquets de Cabirol, Plaça de Catalunya la nuit, Barcelone, décembre 1959, Archives photographiques Joaquín Tusquets de Cabirol / Musée maritime de Barcelone © Archives photographiques Joaquín Tusquets de Cabirol.
Le littoral, quant à lui, apparaît comme un espace périphérique et poétique, où le quotidien côtoie l'horizon, élément symbolique de projection et de souvenir. Cette tension entre le local et l'infini traverse une grande partie de son œuvre.
Barcelone – et plus précisément des villes comme Paris et Venise – constituent un autre cadre majeur de son œuvre. Ses promenades, proches de la figure du flâneur, offrent un regard sensible et intimiste sur l’espace urbain. Sans renoncer aux lieux emblématiques, l’auteur explore les zones périphériques où la vie quotidienne revêt des formes plus précaires et spontanées.
En ce sens, sa photographie dialogue avec certaines traditions de l'humanisme photographique européen, notamment français, par le soin apporté à la composition et à la mise en valeur des scènes ordinaires. Dans son œuvre, la réalité n'est pas seulement enregistrée, mais interprétée par la lumière, le rythme et l'équilibre visuel.

Joaquín Tusquets de Cabirol, Sans titre, décembre 1955, Archives photographiques Joaquín Tusquets de Cabirol / Musée maritime de Barcelone © Archives photographiques Joaquín Tusquets de Cabirol.