Le Musée d'Art Moderne de Céret présente Picabia, Méditerranée , une exposition ambitieuse qui place Francis Picabia (1879-1953) au cœur d'un réseau artistique transnational ayant transformé les langages de la modernité. Loin d'une rétrospective conventionnelle, l'exposition propose une nouvelle lecture de son parcours, fondée sur ses liens avec la Catalogne et l'espace méditerranéen, territoire clé dans la configuration des avant-gardes historiques.
Dans ce contexte, bonart a interviewé Jean-Roch Dumant Saint Priest, directeur du Musée d'Art Moderne de Céret.
Alexandra Planas : Pour la première fois, le musée d'art moderne Céret consacre une exposition à Francis Picabia (1879-1953) et à son environnement créatif en Catalogne…
Jean-Roch Dumant Saint Priest : Oui, je définirais cette exposition comme une « exposition d’intérêt national » qui présente le moment dadaïste, un moment clé dans la carrière de Picabia et de son cercle artistique new-yorkais et catalan, avec de grands noms tels que Duchamp, Man Ray, Albert Gleizes, Pablo Picasso, Robert Delaunay, Kees van Dongen ou Joan Miró, entre autres.
Je suis profondément reconnaissant au centre d'art La Malmaison à Cannes pour le projet de coédition du catalogue de l'exposition ; au musée Henri Prades à Lattes et à Montpellier Méditerranée Métropole, avec lesquels nous avons partagé le transport des œuvres ; et à la Casa Velázquez – Académie de France à Madrid pour leur précieux soutien dans le domaine de la création artistique.
Il convient également de souligner l'ensemble des collections publiques et privées qui ont prêté des chefs-d'œuvre pour cette exposition, notamment le Musée de l'Orangerie, le Centre Pompidou, le Musée Toulouse-Lautrec à Albi, les musées Picasso à Paris et à Barcelone, le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía et le Musée Thyssen-Bornemisza à Madrid, entre autres.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour mener à bien ce projet dédié à Picabia ?
La commissaire de l'exposition, Gwendoline Corthier-Hardoin, et moi-même avons passé environ deux ans à sélectionner des peintures, des dessins, des sculptures, des photographies, des magazines et des documents d'archives qui sont présentés pour la première fois en France.
La tâche s'est avérée complexe, avec la participation de plus de vingt artistes. En résumé, l'exposition réunit un ensemble exceptionnel d'œuvres des principaux représentants de la modernité.
Quels aspects de la programmation de cette exposition mettront en avant selon vous ?
Je tiens à souligner, tout d’abord, que cette exposition a reçu la distinction d’« exposition d’intérêt national », une qualification décernée chaque année à une quinzaine d’expositions remarquables en France.
L'exposition s'intéresse à la manière dont Picabia et ce groupe d'artistes ont assimilé la culture et la danse espagnoles et comment, de cette influence, de nouvelles productions visuelles ont été générées.
Nous pouvons dire que nous sommes très fiers du travail accompli au cours de ces 24 mois : cela en valait la peine.

Avez-vous également prévu une autre exposition temporaire en septembre 2026 ?
En effet. Il s'agit de La Dansa , un projet ouvert au public jusqu'au 27 septembre 2026, qui explore l'univers de la danse au sein d'un studio de design graphique.
Vous pourrez voir des chefs-d'œuvre comme les Danses à l'Ermitage de Consolation, à Collioure d'Albert Marquet (1908) ou la Sardane de la Paix de Pablo Picasso (1953).
Il convient également de mentionner Le Losange VI d'Ode Bertrand (1978), donné au musée en 2025, ainsi que le prêt de Danse Macabre (2025) de Damien Deroubaix, un artiste qui a travaillé en résidence à Céret la même année.
Cette exposition met également en lumière le monde de la musique et de la poésie.

Quelles réactions prévoyez-vous de la part du public local et international ? Pensez-vous que cela favorisera également le tourisme culturel à Céret ?
Notre objectif est de dynamiser aussi bien le public local que tous les visiteurs du musée. Nous souhaitons qu'ils soient fiers du dynamisme culturel de leur territoire et qu'ils redécouvrent le musée comme un lieu de vie.
Quant au public international, nous espérons que cette exposition deviendra la principale raison de son voyage et qu'elle lui offrira une expérience unique qui renforcera le prestige de Céret comme référence culturelle.
De plus, nous vous recommandons de visiter d'autres lieux de la commune tels que le Musée des Instruments de Musique, le Pont du Diable, la Porta de França et la Porta d'Espanya, l'église Sant Pere, la Font dels Nou Raigs et le centre historique, idéal pour une promenade tranquille.
Et, bien sûr, notre excellente gastronomie dans les bars et restaurants de la commune.
En résumé, grâce à cette proposition d'une grande qualité artistique, nous espérons dynamiser au mieux le tourisme culturel de Céret.