À une époque marquée par la vitesse, l'hyperconnectivité et l'immédiateté, prendre le temps de respirer devient presque un acte de résistance. C'est l'invitation que nous lance l'artiste colombienne Cristina Umaña Durán dans *Los tiempos del aire* (Les Temps de l'Air) , une installation immersive présentée à Arte Abierto Pedregal jusqu'au 30 août 2026. L'exposition propose un voyage sensoriel où l'air, invisible et pourtant essentiel, se révèle comme la force qui anime la matière et donne sens à l'expérience corporelle.
L'exposition construit un paysage organique composé de grandes structures textiles et gonflables qui occupent l'espace comme des organismes vivants. Ces sculptures respirent, se dilatent et se contractent au rythme de leur propre vie, évoquant l'impulsion vitale. Inertes en l'absence d'air, elles s'animent une fois activées et transforment la perception du visiteur, faisant de la pièce une scène où la respiration rythme le passage du temps.
Pour Cristina Umaña Durán, le temps n'est pas une abstraction, mais une expérience profondément corporelle. Sa recherche artistique se développe à partir de processus biologiques répétitifs et essentiels – respirer, avaler, digérer – qui révèlent la dimension cyclique de l'existence. Dans cette perspective, le corps apparaît comme un territoire mutable et instable, capable d'accueillir des contradictions : un espace où coexistent vulnérabilité et force, maîtrise et perte de contrôle, intimité et étrangeté.
L'installation se présente comme un dessin monumental en trois dimensions, où les coutures des pièces textiles cessent d'être de simples jonctions pour devenir des veines, des artères et des limites qui traversent chaque volume. Il en résulte une géographie organique qui semble se déployer dans la pièce selon une chorégraphie imprévisible, un souffle plastique qui métamorphose sans cesse l'espace.
Bien que le dessin et l'écriture soient le point de départ de la pratique d'Umaña Durán, dans *Los tiempos del aire* (Les Temps de l'air), ces deux langages se déploient en sculpture et en installation pour construire une expérience immersive. Plus qu'une simple contemplation d'œuvres, le visiteur est invité à s'immerger dans un écosystème où l'air devient matière visible et le temps acquiert une dimension physique.
La proposition se conclut par une palette de couleurs intenses, dominée par les rouges, les oranges et les tons bordeaux, couleurs qui évoquent l'intérieur du corps et renforcent la sensation d'être à l'intérieur d'un organisme. Les mains apparaissent également dans cet univers, un motif récurrent dans l'œuvre de l'artiste, perçues comme des symboles de contact, de connexion et de reconnaissance de l'autre.
Loin d'apporter des réponses définitives, « The Times of Air » ouvre un espace de contemplation et d'écoute. L'exposition réhabilite la respiration comme un geste essentiel, souvent imperceptible, et propose un retour à la conscience corporelle face à l'accélération contemporaine. La force de cette exposition réside dans cet exercice de pause et de perception de l'invisible, transformant un acte quotidien en une profonde réflexion sur la mémoire, la fragilité et le temps que nous partageons.