La galerie Callirrhoë d'Athènes présente l'exposition personnelle d'Anastasia Douka, « Ta paida rouphan » , une installation qui se déploie comme un parcours à travers des fragments au sein de l'espace d'exposition. Loin de construire un récit linéaire, l'artiste propose un environnement où les objets — une rampe, un tiroir à déchets de café, une machine à coudre les chaussures ou une perceuse avec du ruban adhésif — apparaissent comme des vestiges ou des traces d'actions, tous rendus en papier. Ce matériau intrinsèquement fragile devient l'axe conceptuel de l'exposition : ce que nous percevons habituellement comme stable ou fonctionnel se révèle ici vulnérable, provisoire.
La pratique sculpturale de Douka se situe à la croisée du familier et de l'étrange. Partant de gestes quotidiens et de routines reconnaissables, l'artiste déconstruit les formes et les reconfigure en des relations inattendues, créant un paysage où la fonctionnalité perd toute certitude. Au cœur de l'exposition – visible à Athènes jusqu'au 16 mai – se dresse le cylindre comme forme structurale : un élément qui sert de conduit, de support et de lien entre les différents objets, articulant un système de connexions aussi instable que suggestif.

Cette approche ouverte et processuelle est profondément liée à la logique de travail de l'artiste. Douka a constaté que lorsqu'elle sait précisément comment créer une œuvre, elle perd tout intérêt pour sa réalisation. Sa pratique repose donc sur l'incertitude et la possibilité constante de transformation : « tout ce qui est construit peut être détruit, reconstruit, puis détruit à nouveau ». En ce sens, les œuvres existent non seulement comme objets, mais aussi comme états transitoires, marqués par une tension interne entre le désir de persister et l'inévitabilité de leur décomposition.
Cette tension transparaît également dans le ton des œuvres, qui semblent se défier elles-mêmes avec un geste ludique, presque ironique. Comme si elles tiraient la langue, elles interrogent leur statut même d'objets construits avant même d'entrer en contact avec le spectateur. En elles coexistent une intense soif d'existence et la conscience de leur possible disparition. L'analogie émotionnelle est inévitable : à l'image des relations humaines, où l'attachement côtoie la possibilité de la perte. En ce sens, l'œuvre de Douka évoque aussi l'expérience d'élever des enfants : des enfants qui grandissent en étroite proximité pour ensuite se séparer inévitablement.
Dans ce contexte, la rambarde acquiert une présence significative. Placée le long du côté droit de l'espace d'exposition, elle apparaît comme un support, un élément fonctionnel évoquant le corps adulte et l'anatomie de la main. Cependant, son interprétation dépasse la simple fonction utilitaire. La rambarde peut être perçue comme une ligne du temps, segmentée par des couleurs suggérant différentes étapes de la vie. Sa signification se révèle également à travers l'expérience : des objets qui semblaient autrefois secondaires ou simplement décoratifs – comme ce type de support – deviennent essentiels avec le temps. Les perspectives évoluent avec l'âge, et avec elles, la perception de ce qui est nécessaire.