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Des expositions

Francesc Guillamet. La seconde vie des formes

Entre création culinaire, mémoire industrielle et passion pour le moteur, la photographie devient une œuvre d'art capable de transformer la matière en pensée et l'instant en permanence.

Francesc Guillamet. La seconde vie des formes

Quand je regarde une photographie de Francesc Guillamet, je vois une œuvre d'art. L'excellence technique, l'intelligence de la composition et une ingéniosité débordante transforment une création culinaire, un fragment industriel, une moto ou un paysage en images dotées d'une personnalité propre. L'objet a une existence ; la photographie en révèle une autre.

Dans les natures mortes contemporaines, une double paternité s'opère : celle du chef-artiste et celle du photographe, qui en fait une expérience visuelle. La matière alimentaire se met à agir selon un ordre sensible différent. Une sauce acquiert une densité picturale, et une gélatine soutient une architecture de lumière qui évoque Malevitch ou El Lissitzky. Le pain se métamorphose en Pyrénées enneigées ou en chapeaux daliniens, dans une poésie visuelle proche de Brossa. Chargé de vie quotidienne et de souvenirs, il devient un signe ouvert. Guillamet perçoit l'image potentielle contenue dans l'assiette et dialogue avec la tradition de Zurbarán et Sánchez Cotán. Il a conféré une permanence à l'univers éphémère de Ferran Adrià : l'assiette disparaît, mais l'image perdure.

Entre Irving Penn et David LaChapelle, concentration et baroque rigoureux coexistent, où chaque éclat et chaque ombre contribuent à l'ensemble. La perfection des surfaces rend l'organique artificiel et nous conduit au seuil de l'incrédulité, comme si nous écoutions Descartes. De là naît une sorte d'ultranature.

Son regard est ambivalent. Images en noir et blanc et en tons directs dialoguent avec Cartier-Bresson, Doisneau, Català-Roca, Sudek ou Catany. À la Farinera de Castelló d'Empúries, la lumière exhume la mémoire du travail : une articulation semble une suture, une surface usée, un corps. Les copies de Carlos Barrantes, réalisées en Catalogne du Nord, ajoutent une dimension poétique : le passage de l'instant à la durée. La série sur Maillol, d'une noblesse néocenteniste et aux accents de Lucrèce, unit le corps, la pierre et le paysage.

La passion pour la moto le rapproche de Manel Esclusa. La moto est à la fois liberté et construction visuelle, face au vent, à l'image de Raimon et Dylan. Il y a aussi un engagement envers le pays, perçu comme un horizon de droits et de mémoire.

Guillamet ouvre le champ des possibles. Ses photographies connaissent une seconde vie : elles continuent de nous toucher longtemps après la commande qui les a initiées. Nées d’une création éphémère ou d’un instant de lumière, elles demeurent en nous comme une forme durable de pensée et de beauté.

Francesc Guillamet. Catalogue infini. La permanence de l'éphémère , une exposition organisée par Manel Gràvalos et Ernest Abentin, peut être visitée dans la salle d'exposition l'Escorxador du Musée de l'Empordà jusqu'en janvier 2027.

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