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Des expositions

La colère légitime, l'art comme moteur de transformation

Poder afrocolombiano. Toxicómano 2013.
La colère légitime, l'art comme moteur de transformation
bonart bogotà - 14/08/26

Le Musée d'art Miguel Urrutia (MAMU) de Bogotá présente « La rage digne » , une exposition qui propose d'appréhender la rage sous un angle différent, loin de la violence et de la destruction. L'exposition présente ce sentiment comme une force universelle et intemporelle, capable de devenir un moteur de création, de pensée et de transformation du réel.

S’appuyant sur des œuvres et des documents issus des collections patrimoniales de la Banque de la République, l’exposition célèbre l’expérience individuelle et l’émotion collective comme autant de territoires légitimes pour la création artistique. La colère y apparaît comme une réponse à ce qui est perçu comme hostile, injuste ou douloureux, mais aussi comme une énergie qui permet d’agir sur ces réalités.

L'exposition ne vise pas à explorer les conflits politiques ou sociaux à l'origine de certaines situations difficiles, mais plutôt à mettre en lumière les réponses que les artistes y ont apportées. Gestes, images, symboles, actions, contrastes chromatiques et diverses formes de représentation nous permettent d'appréhender des sentiments tels que le mécontentement, le ressentiment, l'angoisse et l'insatisfaction.

  • Halte à la torture ! Extrait de la série Mouvements sociaux de Viki Ospina, 1973.

L'exposition s'articule autour de trois thèmes principaux. Le premier explore la dimension subjective de la colère et sa capacité à s'inscrire dans le langage artistique lui-même. La gestuelle des coups de pinceau, l'intensité des couleurs, les compositions et les ressources symboliques transforment l'œuvre en un espace où ce qui est difficile à exprimer par les mots trouve une forme visuelle.

Le second axe de réflexion élargit la perspective pour y inclure la dimension collective. L'art et le reportage apparaissent comme des outils capables de saisir et de représenter l'expression des masses, les protestations et les diverses manifestations de mécontentement face à des situations jugées injustes. Les images cessent ainsi d'être de simples documents et deviennent les témoignages d'une émotion partagée.

  • Violences à la campagne. Alipio Jaramillo 1957.

La troisième partie s'intéresse aux communautés urbaines et aux groupes de jeunes qui expriment leur rejet de certains modèles sociaux et questionnent les espaces que la société leur offre. Dans ce contexte, la colère est liée à l'identité, au sentiment d'appartenance et à l'incertitude face à un avenir perçu comme sombre, devenant ainsi un moyen d'exprimer ce qui ne peut être intégré aux structures existantes.

L'exposition présente des voix majeures de l'art latino-américain et colombien, aux côtés de jeunes générations et de propositions liées à la photographie, la gravure, la performance et les pratiques urbaines. Des artistes tels qu'Alejandro Obregón, Feliza Bursztyn, Cecilia Vicuña, Oswaldo Guayasamín, Luis Caballero, Jesús Abad Colorado, María Evelia Marmolejo, Leonel Castañeda et Taller 4 Rojo font partie d'un vaste ensemble de créateurs qui nous permettent d'observer la diversité des expressions que peut prendre la colère lorsqu'elle se mue en langage artistique.

Organisée par Sigrid Castañeda Galeano, Nicolás Gómez Echeverri et Luis Fernando Ramírez Celis, sous la coordination de Catalina Junca, l’exposition « Digna Rabia » interroge le rôle de l’art face à ce qui suscite le malaise. Plus qu’une simple représentation de la rage, elle explore ce qui se produit lorsque ce sentiment se traduit en geste, image, mot, action ou symbole.

  • Sans titre. Luis Caballero 1987.

Ce changement de perspective est l'une des idées maîtresses de l'exposition : la colère n'est pas forcément synonyme de destruction. Elle peut aussi ouvrir un espace d'imagination, de questionnement et de transformation. L'art se présente ainsi comme un territoire où les émotions les plus inconfortables peuvent acquérir une dimension créative et devenir une forme de résistance.

Digna Rabia peut être visitée au Musée d'Art Miguel Urrutia (MAMU), à Bogotá, jusqu'au 29 mars 2027.

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