Certaines expositions exigent bien plus qu'une simple visite. Elles requièrent du temps, du silence et une disposition particulière à regarder. Ce qui est effacé ne peut être effacé. L'art de survivre en temps de génocide , présenté à La Capella, est de celles qui invitent à pénétrer dans les œuvres sans précipitation, à poser son regard et à parcourir à nouveau les espaces pour découvrir ce qui a pu échapper à une première approche. C'est une exposition à voir absolument avant sa fermeture le 8 décembre.
L'exposition envisage l'art visuel palestinien comme un écosystème vivant de mémoire, articulé autour de cinq piliers interconnectés : Gaza, Jérusalem, la Cisjordanie, les territoires de 1948 et l'exil. Il ne s'agit pas de géographies indépendantes ni de réalités isolées, mais de territoires liés par la circulation d'images, de récits, de pratiques artistiques et de mémoires partagées. La rupture de l'un de ces espaces a des conséquences sur tous les autres, au sein d'un réseau de relations qui définit également la continuité de la culture et de l'identité palestiniennes.

Sohail Salem, Un SOS - Sauvez nos âmes, 2024-2026.
À travers la peinture, le dessin, la photographie, la vidéo et l'installation, les artistes participants construisent un ensemble de traces et de témoignages qui constituent une archive informelle. Leurs œuvres évoquent le déracinement, la perte et la fragmentation, mais aussi la capacité à préserver une mémoire visuelle malgré les interruptions et la violence. L'art devient ainsi une forme de transmission qui traverse les générations et les frontières, préservant des expériences souvent menacées par la destruction matérielle et la tentative d'effacer leur témoignage.
Ce projet ne vise pas à reconstruire ce qui a disparu ni à offrir une représentation exhaustive de la dévastation. Son objectif est de rendre visibles les pratiques artistiques qui continuent d'exister au cœur même de la destruction et qui nous permettent de nous souvenir, de partager et de créer. En ce sens, les œuvres ne sont pas seulement des témoignages d'une réalité traumatique, mais aussi des espaces de résistance et de persistance culturelle. Ce qui est physiquement perdu peut continuer d'exister dans les images, dans les récits et dans les formes de transmission que l'art maintient en circulation.

Giovanna Ranaldi, Hannoun, 2026.
Présentant des artistes de Gaza, de Cisjordanie, de Jérusalem et d'exil, l'exposition rassemble Mohammad Abu Sal, Raed Issa, Bayan Abu Nahla, Sohail Salem, Yazan Abu Salamah, Bashar Khalaf, Rawan Joulani, Marwa Bakri, Hamada Maddah et Giovanna Ranaldi. Le projet est organisé par Manar Idrissi, Nora Ancarola et Pamela Martínez Rod, qui articulent une perspective plurielle sur les différentes géographies et expériences de la création palestinienne.
Installée dans les espaces Vestíbul et Oficina de La Capella, El que s'esborra no se puede esborr propose une expérience qui dépasse la simple contemplation artistique. Sa force réside aussi dans la nécessité de laisser le temps aux images et de comprendre que la mémoire n'est pas un exercice rétrospectif, mais une pratique qui se construit au présent. Dans un contexte marqué par la destruction et le déracinement, l'exposition nous rappelle que l'art peut préserver ce que la violence cherche à faire disparaître.
Une seule visite ne suffit peut-être pas. Revenir sur ses pas, observer à nouveau les œuvres et laisser leurs liens se révéler fait partie intégrante de l'expérience.