L'histoire industrielle de Renault trouve une nouvelle expression au Large, centre d'art contemporain situé sur l'Île Seguin, au sud-ouest de Paris. Son inauguration est marquée par une exposition explorant les relations entre l'humain, la machine et la société industrielle. Conçu par les architectes espagnols Carme Pigem et Ramón Vilalta du cabinet RCR Arquitectes, le bâtiment instaure un dialogue entre la mémoire d'un lieu marqué par la production automobile et les possibilités créatives offertes par l'art contemporain.
L’exposition inaugurale, Moteur Imaginaire , sera visible jusqu’au 7 mars 2027 et réunira 120 œuvres de 55 artistes issus de 23 pays. Sous le commissariat de Cecilia Alemani, spécialiste italienne installée à New York et figure majeure du commissariat d’exposition international, l’exposition associe des pièces historiques de la collection du Fonds Renault Art et Culture à des créations inédites commandées à 17 artistes contemporains. Il en résulte une interprétation de l’automobile qui transcende sa seule fonction, l’abordant comme symbole d’innovation, de progrès et de liberté, mais aussi comme vecteur de transformation technologique, environnementale et urbaine.
Le choix de l'Île Seguin n'était pas fortuit. En 1919, Louis Renault acquit ce territoire, qui allait accueillir l'une des plus grandes usines automobiles de France. Pendant des décennies, l'usine fut bien plus qu'une simple chaîne de montage. L'entreprise développa une relation unique avec la création artistique, notamment à partir des années 1930, lorsqu'elle commença à collectionner des œuvres contemporaines. Ce lien s'intensifia dans les décennies suivantes grâce à des initiatives permettant à différents artistes d'accéder à des matériaux et des machines industrielles excédentaires pour expérimenter de nouveaux langages et procédés.
Parmi les artistes qui trouvèrent dans ce contexte un terrain d'expression novateur, on compte le sculpteur suisse Jean Tinguely, l'artiste vénézuélien Jesús Rafael Soto et l'Américain Robert Rauschenberg. L'usine devint ainsi un lieu d'échange entre ingénierie, industrie et imagination artistique. Certaines œuvres furent même intégrées aux espaces de travail : la cafétéria abritait une fresque chromatique de Julio Le Parc, tandis que le restaurant intégrait des panneaux de Formica sérigraphiés par le peintre hongrois Simon Hantaï. Pendant des années, production industrielle et expérimentation esthétique coexistèrent.
L'ancienne usine a été démolie en 2004, mais son héritage demeure une composante essentielle de l'identité de l'île. Le Large se réapproprie cette mémoire et la projette dans le présent, mettant en lumière la capacité de l'industrie à générer des contextes créatifs et de nouvelles formes de collaboration. L'exposition inaugurale s'appuie précisément sur ce patrimoine pour établir des liens entre les œuvres historiques de la collection Renault et les pratiques contemporaines.
L'exposition met en lumière les œuvres de Jean Tinguely, dont l'univers mécanique entre en résonance directe avec l'histoire du site. Sa sculpture Pit Stop intègre des éléments de la Renault RE40 de Formule 1, transformant ainsi des éléments liés au sport automobile en matière sculpturale. On y découvre également Le Mur Bleu de Jean Dubuffet, une œuvre grand format réalisée à partir des stocks de résine époxy de l'usine. L'intervention chromatique de Julio Le Parc, avec ses dégradés de couleurs et sa suggestion de mouvement, complète ce dialogue entre perception, matérialité et énergie.
La sélection historique comprend également des œuvres d'artistes tels que Victor Vasarely et Robert Doisneau, dont les approches de l'abstraction, de l'imagerie et de la modernité contribuent à une meilleure compréhension d'une collection liée à l'évolution de la culture visuelle du XXe siècle. À l'inverse, les œuvres plus récentes offrent d'autres perspectives sur la technologie, le travail et les conséquences sociales des systèmes de production.
L'usine, le moteur et la chaîne de montage servent de métaphores à la tension constante entre créativité individuelle et organisation collective. Les relations entre les ouvriers, les outils et les mécanismes de production sont marquées par des problématiques telles que la fatigue, l'usure et les limites physiques du corps. Certaines compositions d'outils mécaniques et robotisés évoquent à la fois des moments de pause et d'épuisement, plaçant l'expérience humaine au cœur d'un paysage technologique en pleine mutation.
Avec cette exposition inaugurale, Le Large ambitionne de renouer le lien entre histoire industrielle et expérimentation artistique, tout en contribuant à la revitalisation de l’Île Seguin. Le nouveau centre s’intègre à un territoire dont l’identité a été marquée pendant des décennies par l’industrie automobile et qui aspire désormais à de nouveaux usages culturels et urbains. L’architecture de RCR Arquitectes structure cette transition, reliant passé et présent sans déconnecter le projet de son contexte.
Cette initiative marque également une nouvelle étape dans la politique culturelle du groupe automobile. Créé en juin 2024, le Fonds Renault pour l'Art et la Culture a pour vocation de soutenir la création urbaine contemporaine et de valoriser la collection d'art de l'entreprise. Moteur Imaginaire inaugure ce chapitre en ramenant à la vie des œuvres, des expériences et des matériaux qui témoignent de la capacité de l'industrie à devenir un espace de réflexion et d'expérimentation.