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Des expositions

Rigueur lyrique : le fil conducteur n'est pas la même chose que la ligne

À travers ses collections, MACA explore les voies de l'abstraction géométrique et met en lumière la tension entre rigueur, espace, mouvement et poésie.

Rigueur lyrique : le fil conducteur n'est pas la même chose que la ligne
bonart alicante - 25/08/26

Le Musée d'Art Contemporain d'Alicante (MACA) présente « Rigueur Lyrique : le fil n'est pas la même chose que la ligne » , une exposition qui explore les territoires de l'abstraction géométrique à partir d'une sélection d'œuvres graphiques issues de ses collections. Sous le commissariat de Rosa María Castells, la proposition propose un parcours à travers les différentes formes que la géométrie a prises au cours du XXe siècle, des recherches cinétiques et optiques aux structures constructivistes.

L'exposition propose d'appréhender la ligne, la forme, la couleur et l'espace comme des éléments capables de générer une expérience visuelle. La rigueur qui lui donne son titre n'implique aucune froideur. Au contraire, derrière chaque structure apparemment calculée se cache le désir d'explorer ce qui se produit lorsque l'ordre se met en mouvement et lorsqu'une composition rationnelle peut susciter une réponse sensorielle.

L'exposition débute à Paris dans les années 1950, époque où les formes géométriques connaissent un regain d'intérêt et se rattachent à une nouvelle sensibilité proche de l'esthétique industrielle. La lumière, les effets d'optique et le mouvement deviennent des champs d'exploration pour les artistes désireux de dépasser l'idée de l'œuvre comme objet clos et définitif.

C’est dans ce contexte que l’art optique et l’art cinétique apparaissent, pratiques qui contraignent le spectateur à sortir de sa passivité. Les œuvres cessent d’être de simples images pour devenir des dispositifs perceptifs. Le regard se meut, s’interroge, complète et interprète. Ce mouvement peut être physique, mais il peut aussi se produire dans le champ de vision de l’observateur.

Cette idée de participation est l'une des contributions les plus intéressantes d'une abstraction qui, à première vue, pourrait sembler excessivement normative. La géométrie n'est pas ici un système clos, mais un outil pour interroger la perception. Une ligne peut vibrer, une surface peut sembler se mouvoir et une composition statique peut acquérir une impression de mouvement inattendue.

La seconde grande partie de l'exposition s'inscrit dans un courant plus rationaliste, concret et normatif, lié aux recherches constructivistes. Des artistes d'Espagne, d'Europe et d'Amérique ont expérimenté avec des formes et des volumes essentiels pour étudier les relations entre espace, mouvement et équilibre.

Dans ces œuvres, l’élimination de l’anecdote ne signifie pas nécessairement un renoncement à l’émotion. Ce qui change, c’est le lieu d’où elle provient. Le geste spontané cède la place à la construction ; le récit, à la structure ; et la représentation du monde, à la recherche de ses lois internes.

La couleur, présente ou absente, devient ainsi un outil de construction à part entière. Elle ne se limite pas à un rôle décoratif, mais modifie les distances, altère les poids visuels et transforme la perception des formes. La géométrie devient une manière d’organiser le regard et, plus largement, une attitude face à la réalité.

L’un des aspects les plus suggestifs de Rigor líric réside précisément dans cette contradiction apparente entre rigueur et poésie. Les compositions partent d’un vocabulaire réduit – ligne, cercle, carré, plan, volume, couleur – mais leurs combinaisons engendrent une immense diversité d’expériences. L’ordre n’annule pas la poésie, il peut en être le point de départ.

La sélection provient principalement de la collection d'art du XXe siècle, en dialogue avec des œuvres de la collection Michael Jenkins et Javier Romero, également du MACA, ainsi que d'autres pièces déposées au musée. Cette confluence nous permet d'approfondir le courant rationaliste et, plus particulièrement, les recherches d'Eusebio Sempere, figure fondamentale pour la compréhension des liens entre géométrie, lumière et perception dans l'art espagnol du XXe siècle.

En ce sens, Sempere constitue également l'un des fils conducteurs conceptuels de l'exposition. Son œuvre démontre que la précision formelle peut coexister avec une sensibilité lyrique extraordinaire. La ligne, soumise à une discipline quasi mathématique, finit par produire vibration, lumière et mouvement. C'est précisément là que le titre de l'exposition prend tout son sens : le fil n'est pas la même chose que la ligne. L'un est matière ; l'autre est structure, direction et possibilité.

Le projet du MACA évite ainsi de présenter la géométrie comme un langage purement cérébral. Au contraire, il met en lumière sa dimension corporelle et perceptive. Le spectateur ne se contente pas de contempler les œuvres, il y participe par son regard. Distance, mouvement, lumière et temps modifient ce qui apparaît comme une composition fixe.

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