Fabrizio Plessi s'est éteint à l'âge de 86 ans, laissant derrière lui une œuvre essentielle à la compréhension de l'évolution de l'art vidéo européen. Né à Reggio Emilia en 1940, cet artiste italien a développé pendant plus d'un demi-siècle un langage singulier, à la croisée de la sculpture, de l'architecture, de l'image et de la performance. Son travail mêlait technologie, eau, feu, pierre, bois, lumière et son, les transformant en outils d'exploration de la mémoire, du paysage et de la métamorphose de la matière.
Mais sa disparition prend une dimension particulièrement significative à Majorque, île avec laquelle il a entretenu une relation pendant près de quarante ans et qui est devenue bien plus qu'un simple lieu de résidence. Pour Plessi, Majorque était un refuge, un espace de création et, surtout, une véritable patrie artistique.
L'une des caractéristiques marquantes de son œuvre résidait dans sa conception de la vidéo. Plessi ne l'a jamais envisagée comme une simple image à visionner sur un écran, mais comme un médium capable d'occuper l'espace et d'acquérir une dimension sculpturale. Moniteurs, structures métalliques, pierres, bois, lumières et sons étaient intégrés à de vastes installations où les images électroniques pouvaient évoquer le mouvement de l'eau, les flammes, la lave ou le cours d'un ruisseau.
Sa proposition instaurait ainsi un dialogue constant entre tradition et technologie. Le numérique n'apparaissait pas comme une rupture avec le passé, mais comme un outil capable de le réinterpréter. Matière et sa représentation, paysage et sa reproduction technologique, ancestral et contemporain coexistaient dans des installations empreintes d'une forte charge poétique.
Tout au long de sa carrière, Plessi a participé à de nombreuses éditions de la Biennale de Venise et a présenté son travail dans certaines des institutions culturelles les plus prestigieuses au monde, notamment le Centre Pompidou à Paris et le Guggenheim à New York. Au fil des ans, ses installations ont acquis une dimension de plus en plus architecturale et spectaculaire, tout en conservant une préoccupation fondamentale pour la mémoire, le temps et la relation entre l'humanité et son environnement.
Majorque comme point de basculement
La relation de Plessi avec Majorque a débuté en 1989, lorsqu'il fut invité à présenter une importante exposition au Palau Solleric de Palma. L'artiste arriva sur l'île après avoir déjà acquis une large reconnaissance internationale, mais cette visite allait profondément marquer son parcours personnel et artistique.
Au cours des décennies suivantes, Majorque occupa une place centrale dans sa vie. Le sud-est de l'île, et plus particulièrement Santanyí, devint son refuge et le lieu où il développa une grande partie de son activité créative. Il y établit son atelier, Sa Pedra, conçu par l'artiste lui-même comme une œuvre d'art totale, un espace où architecture, paysage et création coexistaient.
La présence de Majorque dans son imaginaire ne se limitait donc pas à devenir une source d'inspiration. L'île finit par faire partie intégrante de l'identité de Plessi et de sa conception de l'art.

« Llaüt Light », un dialogue avec la tradition majorquine
L'une des œuvres qui illustre le mieux ce lien est Llaüt Light , présentée en 2011 à la Llotja de Palma. Plessi y prend pour point de départ l'une des grandes images de la tradition maritime majorquine, les llaüts, pour construire une installation où les bateaux acquièrent une nouvelle dimension au sein de ce bâtiment gothique historique.
Cette proposition était particulièrement significative car Plessi réduisait considérablement les moyens techniques qui avaient caractérisé sa carrière. Le bois des bateaux, l'architecture de la Llotja et la lumière instauraient un dialogue direct entre la tradition maritime de l'île et la vision contemporaine de l'artiste.
Llaüt Light condensait ainsi une relation tissée au fil des décennies. Majorque n'était plus seulement le paysage qui entourait l'artiste, ni un lieu de création. Elle était devenue une composante essentielle de son langage et de son identité.