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Des expositions

Alberto Ardid imagine un lieu où la menace et l'espoir coexistent.

Alberto Ardid, Sen título, 2026 Instalación, Foto: cortesía del artista.
Alberto Ardid imagine un lieu où la menace et l'espoir coexistent.
bonart vigo - 06/08/26

Dans Hai un lugar (Il y a un lieu) , Alberto Ardid métamorphose les espaces du musée MARCO de Vigo en une scène ambiguë, une réalité parallèle très proche de la nôtre où objets, paysages et gestes du quotidien acquièrent des significations nouvelles. L’exposition propose un parcours entre sculpture et installation, articulé autour d’une tension fondamentale : le sentiment que le mal semble triompher du bien, mais où subsistent encore de petits gestes, capables d’ouvrir une porte vers l’espoir.

Conçue par Miguel Fernández-Cid et Pilar Souto Soto, l'exposition réunit des œuvres pensées comme les chapitres d'un récit fragmenté. Chaque pièce fonctionne de manière autonome, tout en établissant des liens avec les autres et avec les espaces qu'elle occupe. Ardid ne construit pas un récit clos, mais plutôt un territoire d'interprétation où le visiteur est invité à progresser avec attention, à observer les signes, les contrastes et les paradoxes.

L'artiste métamorphose les cours du musée en espaces extérieurs imaginaires. Dans l'une d'elles, Lugar (Lieu) interroge la notion de propriété privée à partir d'une perspective liée au paysage galicien. Des formes colorées, des peintures et des tapis délimitent des parcelles de terrain fictives, encadrées de bordures de pierre, créant ainsi une sorte de paysage construit qui révèle peu à peu ses tensions internes. Ce qui semblait être une image ordonnée du territoire se met à évoquer les frontières, les appropriations et les conflits entre le privé et le collectif.

  • Alberto Ardid. Suture, 2018, Photo : courtoisie de l'artiste.

Les murs de cet espace participent également à ce récit : le verre a été remplacé par des fragments de céramique de Sargadelos ; les formes jaunes qui délimitent les parcelles côtoient des formes grises qui semblent les observer ; une arche située sur un balcon voisin acquiert une présence inquiétante. La scène se mue ainsi en une réflexion sur la manière dont les espaces communs sont occupés et conditionnés.

L'exposition se poursuit avec une série de situations où le quotidien est bouleversé. Des éléments liés à l'éducation, à l'alimentation, à l'énergie et aux loisirs sont intégrés à la scénographie pour montrer comment même les aspects les plus fondamentaux de la vie peuvent être imprégnés par les systèmes de contrôle et de consommation. Des tableaux noirs transformés en cibles, des peintures emballées sous vide comme s'il s'agissait d'aliments frais et une bougie allumée malgré l'alarme incendie introduisent un mélange d'ironie, d'étrangeté et de critique.

Dans les galeries de MARCO, de nouveaux jeux d'association émergent : des nids de bronze évoquant des frelons asiatiques, de la poussière contaminée par la COVID transformée en relique, ou encore des tableaux présentés comme des produits industriels fabriqués en série. Ardid travaille sur la transformation du sens, sur cette capacité des objets à cesser d'être ce qu'ils paraissent être et à devenir les symboles d'une réalité plus complexe.

La seconde cour offre d'abord une image familière : un palleiro (ferme traditionnelle galicienne), des références au paysage rural et une évocation du soleil et de l'univers. Mais cette apparence paisible se transforme rapidement. Le paysage devient un étendard, le palleiro acquiert une dimension politique et la scène idyllique cède la place à un espace de débat sur notre rapport à l'environnement.

  • Alberto Ardid. Place, 2026. Installation. Photo : courtoisie de l'artiste.

Parallèlement à ces lectures collectives, apparaissent des actions plus intimes et poétiques : une tentation dissimulée dans un placard à balais ou une machine qui supplie le visiteur de la débrancher. De petites histoires au sein d’un récit plus vaste, mêlant humour, absurdité et réflexion.

L'exposition explore la possibilité de réparer ce qui semble brisé. Un arbre abattu peut devenir un geste écologique s'il s'agit d'un eucalyptus ; des matériaux fragmentés trouvent de nouvelles façons de s'assembler ; un élément industriel se métamorphose grâce à des références architecturales classiques. Au milieu des déchets et des vestiges, une idée persistante se dégage : la possibilité de la reconstruction.

La visite s'achève dans le panoptique du musée, conçu comme un carrefour où fiction et réalité se rejoignent. Les vestiges d'un accident et la présence symbolique d'un bouquet de chrysanthèmes introduisent une dimension émotionnelle qui évoque la mémoire, la fragilité et l'empathie.

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