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Des expositions

Quand Dalí a transformé Gaudí en un mythe moderne

L'exposition « Dalí admire Gaudí », au COAC de Figueres, explore le dialogue entre deux figures clés de la culture catalane et montre comment le peintre de l'Empordà a contribué de manière décisive à la réinterprétation contemporaine de l'architecte.

Quand Dalí a transformé Gaudí en un mythe moderne
bonart figueres - 30/06/26

Bien avant qu'Antoni Gaudí ne soit universellement reconnu comme l'un des plus grands génies de l'architecture, Salvador Dalí avait déjà perçu la dimension révolutionnaire de son œuvre. Non seulement il l'admirait, mais il en fit une pièce maîtresse de son imaginaire artistique et un symbole de la modernité la plus radicale. Ce lien intellectuel et esthétique est le fil conducteur de l'exposition « Dalí admire Gaudí », présentée par la Délégation de l'Alt Empordà du Collège des Architectes de Catalogne (COAC), à Figueres, du 3 juillet au 10 septembre 2026, dans le cadre des commémorations du centenaire de la mort de Gaudí.

Produite par les Amis des Musées Dalí et conçue par Josep Playà, l'exposition évite l'écueil d'une simple commémoration. Elle propose plutôt une lecture critique de la manière dont Dalí a réinterprété l'architecte de Reus, le plaçant hors des limites du modernisme pour en faire un créateur visionnaire, presque un précurseur du surréalisme. C'est précisément cette appropriation symbolique qui confère à l'exposition tout son intérêt.

L'exposition rassemble photographies, affiches, livres, dessins, documents et objets qui permettent de reconstituer une admiration qui s'est développée au fil des décennies. Les images, signées par des photographes tels que Josep Brangulí, Melitó Casals Meli, Francesc Català-Roca, Ricardo Sans Condeminas, Robert Whitaker, Patrice Habans, Václav Chochola et Robert Descharnes, ne se contentent pas de documenter des rencontres ou des espaces architecturaux. Elles tissent également un récit visuel où Dalí se fond aux formes organiques de Gaudí, au point qu'il devient difficile de distinguer où s'arrête l'œuvre de l'un et où commence la mythification de l'autre.

L'un des apports majeurs de l'exposition est de réaffirmer la photographie comme outil fondamental de cette démarche culturelle. Les clichés de La Pedrera, du Parc Güell, de la Sagrada Família ou du Théâtre-Musée Dalí transcendent leur simple valeur documentaire pour devenir de véritables interprétations artistiques. L'appareil photo ne se contente pas d'enregistrer ; il participe activement à la construction d'un récit visuel qui présente Gaudí comme un architecte profondément contemporain.

Ce processus de réhabilitation de l'art connut un moment fondateur en 1933, lorsque Dalí publia dans la revue française Minotaure l'article « De la beauté terrifiante et comestible, de l'architecture style moderne » , illustré de photographies de Man Ray. Ce texte constitue l'une des premières lectures internationales qui inscrivirent Gaudí dans le langage de l'avant-garde, le distinguant de toute interprétation purement historiciste ou décorative. Aujourd'hui, cela peut paraître une évidence, mais à l'époque, cela représentait une véritable rupture critique.

L'influence de Gaudí se fait également sentir dans l'univers créatif de Dalí. Le Théâtre-Musée Dalí de Figueres conserve de nombreuses références à l'architecte : du canapé-fenêtre de Gaudí, agrémenté d'un paysage de l'Empordà dominé par Montgrí et Canigó, à l'autel sous la coupole, avec son Christ tordu entouré de miroirs, qui évoque la théâtralité et la spiritualité présentes dans certains espaces liés à Gaudí. Tout aussi significatives sont les têtes sculptées d'Eusebi Arnau provenant de la Casa Lleó Morera, intégrées à la scénographie de Dalí comme si elles en avaient toujours fait partie.

L'exposition présente également une sélection intéressante d'affiches et de publications illustrant l'importance de la contribution de Dalí à l'internationalisation de Gaudí. Parmi les pièces maîtresses figurent l'affiche « Surréalisme » (1969), utilisée par Paris Match ; l'affiche « Regards sur Gaudí » (1970), dédiée à la Sagrada Família ; et divers hommages graphiques réalisés dans les années 1970. La réédition de l'ouvrage « La visió artística i religiosa de Gaudí » de Francesc Pujols, paru en 1969 avec une préface de Dalí et des photographies de Clovis Prévost, considéré comme un ouvrage fondamental pour la redécouverte critique de l'architecte, constitue une œuvre particulièrement révélatrice.

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