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Des expositions

Antonio Ballester Moreno : la construction du paysage comme expérience spatiale

Antonio Ballester, Half Sun, 2026.
Antonio Ballester Moreno : la construction du paysage comme expérience spatiale
bonart lisbonne - 29/05/26

La nouvelle exposition personnelle d'Antonio Ballester Moreno à la galerie Pedro Cera, intitulée CUTOUTS , propose une exploration visuelle marquée par la couleur et la simplification des formes géométriques. Dans ce projet, l'artiste dépasse le cadre de la peinture pour s'aventurer dans le domaine de la sculpture, enrichissant son langage artistique par le jeu des échelles et l'occupation de l'espace. La forme cesse d'être une simple surface pour devenir une présence physique qui transforme l'expérience du spectateur en relation directe avec l'environnement de l'exposition.

Le point de départ de cette évolution réside dans un geste en apparence simple : la découpe. Dans sa pratique, Ballester Moreno travaille d’abord sur papier, par le biais du collage, où l’acte de découper définit à la fois les formes et leurs résidus. Ces matériaux initiaux, étroitement liés à sa peinture, constituent le cœur de son processus créatif. Dans l’exposition, les silhouettes découpées et leurs « résidus » sont réinterprétés en sculptures d’aluminium de plus grande envergure, sans que ne se perde la trace physique du geste originel des ciseaux.

Par ce procédé, l'artiste confronte le spectateur à une tension fondamentale entre forme positive et négative, entre présence et absence. Cependant, loin d'établir une opposition rigide, les deux dimensions sont présentées sur un pied d'égalité, brouillant les frontières qui les séparent traditionnellement. L'acte de découpe ne se contente pas de générer l'œuvre, il produit également la séparation qui permet aux formes de s'affranchir du rapport classique figure-fond.

Ainsi, l’espace d’exposition cesse d’être un simple contenant neutre et devient un terrain d’échanges dynamique. Les formes ne se contentent pas de l’occuper, mais le reconfigurent sans cesse, dialoguant entre elles et avec l’architecture par le jeu du vide et de la matière. Il n’en résulte pas la représentation d’un paysage, mais la construction d’un véritable paysage au sein même de la galerie.

Dès son entrée dans l'exposition, le corps du visiteur s'intègre inévitablement à cette configuration. L'expérience cesse d'être contemplative et statique pour devenir un voyage physique et dynamique. Le sens de l'œuvre se construit à partir du mouvement, de la proximité et de la distance, ainsi que du rythme corporel de la personne qui la vit.

En ce sens, la dimension performative de l’exposition émerge de la rencontre entre objets sculpturaux et corps en mouvement. La perception ne repose plus sur un point de vue unique, mais sur une multiplicité de relations mouvantes. Cette activation de l’espace rappelle la pratique d’Alexander Calder, qui a affranchi la sculpture de son immobilité pour l’intégrer à un dialogue dynamique avec l’architecture et l’environnement.

Au fil de leur parcours dans l’exposition, les visiteurs sont amenés à vivre ce que Gilles Deleuze appelait la « géopoétique » : une forme de perception du paysage qui résulte de l’accumulation d’impressions simultanées, en constante transformation et sans signification fixe. Le paysage, historiquement appréhendé non comme la nature elle-même mais comme une image construite, apparaît ici déstabilisé.

Ballester Moreno inverse cette logique de représentation. Au lieu de traduire le monde en image, il réintroduit les conditions de la représentation dans l'espace physique lui-même. Ainsi, le paysage cesse d'être un objet d'observation et devient une expérience vécue. Une expérience qui ne représente pas l'environnement, mais l'active et le rend perceptible au moment précis où le spectateur le traverse.

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