L’exposition « Les Nabis : de Bonnard à Vuillard » invite les visiteurs à explorer l’aventure artistique d’un groupe qui, à la fin du XIXe siècle, a profondément transformé le cours de la peinture moderne. Ce parcours, conçu par Isabelle Cahn et présenté du 6 mars au 28 juin à la Fundació Catalunya La Pedrera, revisite l’engagement radical de créateurs qui ont placé l’émotion, la subjectivité et l’intimité du quotidien au cœur de leur expérimentation esthétique. En prenant leurs distances avec le naturalisme dominant, les Nabis ont ouvert de nouvelles voies qui allaient anticiper nombre de préoccupations formelles et conceptuelles des premières avant-gardes du XXe siècle.
À la fin du XIXe siècle, à Paris, un groupe d'artistes se faisant appeler les Nabis – les « prophètes » – comprit que la peinture ne devait pas être une fenêtre ouverte sur le monde, mais une surface capable de révéler un regard intérieur. Face au naturalisme et à l'obsession de la lumière impressionnistes, des figures telles que Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis et Paul Sérusier s'engagèrent dans une révolution silencieuse mais décisive.

Sa modernité ne réside pas dans le scandale, mais dans la conviction que la peinture est avant tout une surface plane recouverte de couleurs agencées selon un certain ordre – comme le défendait Denis. Couleurs intenses et souvent non naturalistes, formes simplifiées, espaces sans profondeur illusoire : tout est au service d’une expérience émotionnelle et symbolique. Le quotidien – intérieurs domestiques, scènes intimes, moments en apparence banals – devient un territoire poétique.
Les Nabis ont également brouillé les frontières entre peinture et arts décoratifs, intégrant l'affiche, l'illustration et le design dans un concept esthétique unique. Ce désir d'unir l'art et la vie, conjugué à l'influence du japonisme et à son esprit symbolique, fait d'eux un lien essentiel avec les avant-gardes du XXe siècle. Leur œuvre n'a peut-être pas fait grand bruit, mais elle a transformé notre conception de la peinture et de son potentiel.
Organisée avec le soutien exceptionnel du musée d'Orsay, l'exposition propose un parcours à travers les fondements esthétiques, les influences et les concepts qui définissent l'univers des Nabis. Grâce à une sélection riche et significative d'œuvres, elle révèle la richesse formelle, la pluralité des langages et la force créatrice d'un mouvement décisif dans la transition entre l'impressionnisme et les premières avant-gardes du XXe siècle.

Félix Vallotton, Misia à son bureau, 1897.
L'exposition se concentre tout particulièrement sur deux figures clés : Pierre Bonnard, avec ses recherches subtiles sur la lumière et l'autonomie de la couleur, et Édouard Vuillard, qui transforme l'espace domestique en un théâtre d'introspection et de densité psychologique.
Il serait difficile d'imaginer un cadre plus approprié que la Casa Milà pour accueillir ce projet. À l'instar des Nabís, l'édifice partage la même ambition : abolir les frontières entre l'art et la vie et appréhender la création artistique comme une expérience totale qui imprègne l'espace quotidien.
La Fondation Catalunya La Pedrera présente à la Casa Milà la première exposition entièrement consacrée aux Nabís à Barcelone, réunissant plus de 200 œuvres d'artistes actifs en France entre 1888 et 1900. Le parcours ne se limite pas à la peinture : il inclut également des dessins, des gravures et des sculptures, et met en lumière la dimension transversale du mouvement. Au-delà de la toile, les Nabís ont exploré des domaines tels que la création de papiers peints, de tapisseries, de paravents, d'objets manufacturés et de décoration intérieure, réaffirmant ainsi leur volonté d'intégrer l'art et la vie.
L'exposition dévoile les principes esthétiques, les influences et les concepts qui ont défini le groupe, et démontre, à travers un large éventail d'œuvres, leur richesse formelle et leur capacité d'innovation. Dans ce contexte, les Nabis apparaissent comme des figures décisives de la transition entre l'impressionnisme et les premières avant-gardes du XXe siècle, protagonistes d'un moment clé dans la construction de la modernité artistique.
L'exposition est divisée en neuf sections thématiques qui suivent les grands axes de la production des Nabís et nous permettent de comprendre, en même temps, la complicité esthétique du groupe et les singularités de chacun de ses membres.

Pierre Bonnard, Place de Clichy, 1898.
L'exposition s'ouvre sur le cercle de Nabís, qui contextualise les liens personnels et intellectuels qui ont façonné le mouvement, et se poursuit avec une révolution esthétique, où la rupture avec le naturalisme et la défense d'un langage plastique fondé sur la couleur, la synthèse formelle et la subjectivité sont évidentes.
L'itinéraire explore ensuite la vie parisienne et l'univers du théâtre, de la musique et des spectacles, domaines fondamentaux de l'imaginaire visuel du groupe. Le chapitre consacré au symbolisme – entre ésotérisme, rêves et mysticisme – révèle la dimension spirituelle et poétique de leur œuvre, tandis que les sections centrées sur les paysages et les jardins témoignent de leur lecture singulière de la nature.
Le désir d'intégrer l'art et l'environnement est fortement présent dans la décoration moderne et culmine en deux sections qui condensent une grande partie de son idéologie : la représentation de la vie quotidienne, convertie en un espace d'intimité et d'introspection, et la Méditerranée, comprise comme un territoire de lumière, de couleur et de plénitude sensorielle.
« Rappelons-nous qu’un tableau – avant d’être un outil de travail, une femme nue ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs disposées dans un certain ordre. » Maurice Denis, en 1890.
Les Nabís : de Bonnard à Vuillard
La carrière
Barcelone
Du 06/03/2026 au 28/06/2026