Ce qui n’est pas nommé : entre attentes et souffrance part du principe que les attentes sociales imposées fonctionnent comme un mécanisme de maintien de l’ordre établi, souvent au prix du silence, de l’invisibilité et de la souffrance individuelle. Historiquement, la féminité a été associée à l’obligation de plaire, de ne pas déranger et de préserver une harmonie apparente ; une construction qui a exigé le silence et l’impunité face aux violences – souvent subtiles mais profondément structurelles – qui traversent les corps, les relations et le quotidien. Nommer ce qui a été tu devient ainsi un geste politique qui nous oblige à affronter une réalité inconfortable, à la reconnaître et à en assumer la complexité.

Photo : Toni Torrillas - Roca Umbert Fàbrica de les Arts.
L’exposition à Granollers réunit les œuvres de Montse Morcate, Mireia Plans, Raquel Luaces et Rebeca Pardo, partiellement développées lors de leur résidence artistique à la Roca Umbert Fàbrica de les Arts et dans le cadre du projet de recherche « Représentations contemporaines du deuil et de la souffrance : visibilité, agentivité et transformation sociale par l’image » (Generación del Conocimiento 2022 – Ministerio de Ciencia e Innovación). À travers des pratiques et des méthodologies diverses, les artistes explorent la manière dont la souffrance est produite, gérée et souvent délégitimée au sein des structures sociales contemporaines.
À travers des formats tels que l'installation, la photographie ou le livre photo, les œuvres abordent les violences quotidiennes mais profondément structurelles liées à la maternité, à la santé mentale, aux pressions esthétiques, à la technologie et aux mécanismes de reconnaissance et de validation sociale. Loin de proposer des interprétations univoques, elles ouvrent des espaces de tension, de résistance et de réflexion, mettant en crise les imaginaires dominants et nous invitant à repenser les formes possibles de visibilité, d'action et de transformation sociale.

Photo : Toni Torrillas - Roca Umbert Fàbrica de les Arts.
Les œuvres qui composent « Allò que non s'nomen » (Ce qu'on ne nomme pas) reposent sur une attention partagée à ce qui est habituellement occulté : gestes minimalistes, images fragiles et expériences qui rendent visible une souffrance souvent passée sous silence. À l'image de la vie elle-même, ces pratiques se définissent moins par ce qu'elles montrent que par ce qu'elles révèlent : elles mettent en lumière ce qui demeure caché et, simultanément, elles en déplacent l'apparence, le dissimulant par la proximité même avec laquelle elles s'en approchent.
Par un geste intime et une formalisation sincère, les œuvres de Pardo, Luaces, Plans et Morcate nous invitent à dépasser le premier regard. Par le jeu du revers, la nuance et la transparence, les artistes proposent un examen attentif de ce qui se cache derrière l'image et le mot, ouvrant un espace de lecture qui exige du temps, de l'écoute et une ouverture à l'émotion.

Photo : Toni Torrillas - Roca Umbert Fàbrica de les Arts.
L'exposition peut être visitée à l'Espai d'Arts de Roca Umbert, avec le soutien du Conseil municipal de Granollers, jusqu'au 15 mars. Le programme se poursuivra avec Une image qui avale, qui aspire, sous le commissariat de Caterina Almirall, avec les artistes Marta Cardellach, Òscar Moya Villanueva, Mercis Rossetti et Laia Solé, qui se déroulera du 16 avril au 7 juin.