Le Musée d'Art Moderne de Buenos Aires présente « La Nature comme Architecte » , une exposition visible jusqu'en avril 2027 qui déplace l'idée de la nature d'un simple décor ou d'une scène pour la placer au cœur même des pratiques créatives, sociales et politiques. Loin d'une représentation passive du monde naturel, l'exposition propose de la comprendre comme une intelligence active qui organise, inspire et transforme notre manière d'habiter la planète.
L’exposition nous invite à écouter les récits des forêts, à lire les rivières comme des archives mouvantes et à considérer les volcans comme des inscriptions géologiques qui condensent le temps et la mémoire. Dans ce changement de perspective, les animaux apparaissent comme des interlocuteurs potentiels, capables de déstabiliser la centralité humaine et d’ouvrir d’autres formes de perception et de connaissance.
La nature, envisagée comme architecte, articule la recherche au long cours, l'imagination spéculative et l'expérience sensorielle comme méthodes de connaissance. Dans ce cadre, l'art s'entremêle à l'architecture, la poésie, la botanique, la cartographie et l'activisme écologique, créant un champ élargi où les disciplines cessent de fonctionner isolément. La botanique croise l'histoire sociale, la zoologie l'esthétique et la cartographie l'écriture poétique, au sein d'un réseau qui appréhende le territoire comme un espace contesté et en constante reconfiguration.

L'exposition rassemble des artistes et des collectifs d'Argentine, du Brésil, du Chili, du Zimbabwe et d'autres contextes, dont Manuel Brandazza, Virginia Buitrón, Adriana Bustos, Ariel Cusnir, Jonathas de Andrade, Julián D'Angiolillo, Cao Guimarães, Artur Lescher, Florencia Levy, m7red, Valeria Maggi, Eduardo Navarro, Rivane Neuenschwander, Rayana Rayo, Casa Río Lab, Florencia Rodríguez Giles, Sebastián Roque, Tomás Saraceno, Felix Shumba, Paulo Tavares et le projet Utopía del Sur, lié à la Fondation Nicolás García Uriburu. Il intègre également des références à l'héritage d'artistes et de penseurs tels que Raúl Zurita, en dialogue avec une sensibilité qui croise poésie et territoire.
Conçue par Patricio Orellana en dialogue avec Victoria Noorthoorn, l'exposition se déploie dans deux grands espaces formant deux parcours complémentaires. Dans la salle A, l'installation prend la forme d'une grande table-rivière, conçue comme un dispositif de recherche et de rencontre. Les œuvres y sont présentées comme les maillons d'un système vivant reliant les pratiques artistiques aux processus écologiques et sociaux qui se déploient à l'échelle régionale et mondiale.
Dans cette première partie, la pensée de Paulo Tavares est essentielle à la compréhension du concept de forêt culturelle comme forme de conception collective où nature, histoire et politique s'entremêlent. Les recherches de Tomás Saraceno sur les toiles d'araignée en tant que structures collaboratives entre espèces élargissent cette notion à une écologie des relations d'interdépendance. Des projets tels que m7red et Casa Río Lab explorent les territoires fluviaux et leurs dynamiques sociales, tandis que Florencia Levy s'intéresse aux paysages façonnés par l'extractivisme, où matière et mémoire s'inscrivent dans des strates de conflit. Le programme Utopías del Sur s'appuie sur l'héritage de Nicolás García Uriburu en associant art, militantisme environnemental et éducation.

La salle B propose une expérience plus sensorielle et immersive. Dans cet espace, la nature se manifeste par une intensité perceptive, imprégnée de couleurs, de mouvements et de sons qui transforment notre rapport à l'espace d'exposition. Les rivières apparaissent comme des formes de savoir qui franchissent les frontières et redessinent les géographies, tandis que les pratiques artistiques explorent les célébrations, les rituels et les récits où l'humain et le non-humain coexistent.
Les œuvres s'intéressent aussi à ce qui demeure caché ou souterrain, des racines et formations volcaniques aux strates géologiques qui révèlent d'autres temporalités du monde. Ensemble, ces propositions éveillent la sensibilité du visiteur et l'incitent à porter un regard plus large sur le vivant.
Le parcours s'achève sur une vaste fresque évoquant une forêt peuplée de multiples présences, où la nature se révèle non comme un paysage figé, mais comme un champ de relations en perpétuelle transformation. Dans ce geste final, « La Nature comme Architecte » pose une question ouverte sur notre manière d'habiter la planète et sur les autres formes de coexistence que l'art peut encore concevoir.