Du 4 juin au 30 juillet, l'artiste Greta Alfaro investit la Nave 0 du Matadero avec Ofertorio , une installation conçue spécifiquement pour cet espace d'exposition unique. Cette œuvre invite les visiteurs à explorer un territoire où convergent rituel, anatomie et représentation du corps. L'exposition, qui s'inscrit dans le cadre du programme Abierto x Obras , marque également la première exposition personnelle de l'artiste dans une institution madrilène.
Le titre de l'exposition fait allusion à un geste ancestral : l'offrande. Présenter quelque chose aux autres, l'exposer au regard collectif et le transformer, même fugacement, en une expérience partagée. S'appuyant sur cette idée, Alfaro conçoit une expérience immersive où images, sculptures et installations servent de dispositifs d'observation et de médiation, interrogeant notre perception et notre rapport au visible et à l'invisible.
L'intervention transforme la nef 0 en une architecture de transit qui évoque la structure symbolique du temple sans la reproduire littéralement. Le parcours s'organise autour d'une nef centrale menant à un point focal, tandis que les éléments latéraux font office de pauses ou d'étapes au sein d'un itinéraire rythmé par une logique quasi rituelle. Plutôt que de reconstituer une liturgie disparue, l'exposition interroge la persistance de certaines formes d'organisation symbolique dans la culture contemporaine.

L'un des éléments les plus marquants de l'exposition accueille les visiteurs dès l'entrée : un torse anatomique du XVIIIe siècle, utilisé autrefois pour l'enseignement de l'anatomie. Cette pièce inaugure une tradition visuelle où science, représentation et artifice coexistaient au sein d'un même univers symbolique. Dépourvu de tête et de tout trait distinctif, le modèle anatomique présente le corps comme un objet d'étude et de contemplation, suspendu entre précision scientifique et une fragilité troublante.
À travers des vidéos, des sculptures et des installations, Greta Alfaro crée une atmosphère intimiste où le spectateur évolue parmi des corps fragmentés, des images suspendues et des formes contemporaines de visibilité. Loin de toute dénonciation explicite ou d'un impact immédiat, l'artiste privilégie une tension sourde où la beauté côtoie un sentiment d'étrangeté. Ses œuvres demeurent ouvertes à l'interprétation, inscrites dans un territoire ambigu où les images semblent se soustraire à toute lecture définitive.
Offertoire suscite ainsi une réflexion sur la transformation, l’exposition du corps et les mécanismes du regard. Dans ce contexte, montrer ne signifie pas nécessairement révéler. Au contraire, les images instaurent une distance qui nous permet d’approcher ce qui, autrement, serait difficile à observer. L’exposition devient une invitation à repenser notre manière d’appréhender le corps et les systèmes symboliques qui continuent de façonner notre perception du monde.