Organisée par Lucía Sanromán, conservatrice en chef du Musée universitaire d'art contemporain (MUAC), l'exposition One Among Millions rassemble des œuvres commandées à l'artiste Néstor Jiménez (Mexico, 1988), l'un des créateurs qui ont insufflé une nouvelle vie à la peinture contemporaine au Mexique.
Du 7 février au 3 juillet, la salle 3 du musée de la capitale accueillera six œuvres créées spécialement pour l'exposition, mêlant peinture de chevalet, collage, sculpture en céramique, sculpture cinétique et peinture murale. L'exposition s'articule autour de « l'épopée de l'homme ordinaire », un axe thématique qui englobe les explorations picturales de Jiménez ces dernières années, offrant un parcours à la croisée de la tradition et de l'innovation dans la peinture mexicaine contemporaine.
Dans plusieurs œuvres de l'exposition, le jeu apparaît comme une métaphore, notamment dans La Souricière . Pour Jiménez, l'espièglerie n'est pas innocente : « Le jeu peut sembler inoffensif, mais en réalité, c'est une structure de contrôle », explique-t-il. L'œuvre fait allusion à des phénomènes tels que le déplacement des populations en milieu urbain et la gentrification, des situations où les règles ne sont pas décidées collectivement et où, inévitablement, quelqu'un perd. « Je ne crois pas aux messages figés. L'ambiguïté permet au spectateur de s'approprier l'œuvre à partir de sa propre expérience. La critique est présente, mais non comme un slogan, plutôt comme une question ouverte », ajoute l'artiste.

L’échec – économique, émotionnel ou idéologique – occupe également une place centrale dans l’exposition. Jiménez le conçoit non comme une défaite absolue, mais comme une condition structurelle de notre système : « Il fait partie de l’expérience de tant de personnes, et pourtant il est rarement représenté. Je tiens à lui donner une place. »
Le travail de Jiménez s'appuie également sur des recherches historiques précises, mais la transformation de l'archive en œuvre d'art ne se produit que lorsque cette information cesse d'être abstraite et commence à affecter l'artiste physiquement et émotionnellement : « L'archive doit passer par le corps, par l'expérience. Sinon, elle reste un exercice intellectuel. »
C’est précisément dans ce moment de transformation que les œuvres de Jiménez mettent en lumière la matérialité persistante des objets, intégrant des matériaux recyclés et de construction tels que le ciment et le contreplaqué. L’utilisation de moyens industriels et la création de structures évoquant une architecture brutaliste réinventée rattachent sa peinture aux techniques du muralisme polyangulaire de David Alfaro Siqueiros.
Dans ces œuvres, Jiménez revisite les tensions historiques du muralisme mexicain — idéologie politique, classe sociale et accès au bien-être — mais les revisite d'un point de vue contemporain qui nous permet de reconnaître le personnel et le politique comme des dimensions indissociables de l'expérience actuelle.