Avant de révolutionner l'architecture avec ses formes organiques et ses structures impossibles, Antoni Gaudí explorait déjà le monde qui l'entourait, armé d'un crayon. Dix dessins inédits de ses années d'études, conservés depuis des générations par la famille d'un ancien camarade de classe, viennent d'être dévoilés. Présentés dans le cadre du Congrès international Gaudí, qui se tient à La Pedrera jusqu'au dimanche 25 octobre, ces documents comprennent deux autoportraits de 1876 qui permettent de découvrir une facette méconnue du jeune architecte, à une époque où ses créations étaient encore loin de devenir des icônes universelles.
La découverte a été dévoilée samedi dernier au Congrès Gaudí par Josep Maria Tarragona, l'un des principaux biographes de Gaudí, auteur de deux biographies de référence publiées en 1999 et 2016. Cet ensemble nous permet d'approfondir la formation artistique de l'architecte et de découvrir une compétence souvent négligée face à son extraordinaire capacité à concevoir des espaces, des structures et des formes architecturales. Gaudí n'était pas particulièrement prolifique en dessin, préférant travailler avec des maquettes, mais il possédait un talent remarquable pour la synthèse graphique de ses observations et de ses études. Selon Tarragona, dès son plus jeune âge, il a fait preuve d'une grande aptitude à synthétiser graphiquement aussi bien l'observation directe que les maquettes qu'il étudiait.
Les deux autoportraits constituent les pièces les plus surprenantes de l'ensemble. Sur l'un, Gaudí est représenté de face ; sur l'autre, de profil. Tous deux datent de 1876 et montrent un jeune homme à la chevelure abondante et à la longue barbe, dessiné par une succession de petits traits. Au-delà de leur intérêt documentaire, ces images nous rapprochent d'une dimension intime de l'architecte, habituellement représenté dans l'imaginaire collectif comme un homme mûr et austère, entièrement dévoué à son travail. Ici, pourtant, apparaît l'étudiant qui construit encore son regard et explore les possibilités du langage graphique.
Le reste des dessins étoffe ce portrait formateur. Ces documents comprennent des études anatomiques, des représentations d'animaux, des motifs ornementaux et des exercices liés à des solutions constructives et techniques. Ces notes nous permettent de suivre les intérêts visuels du futur architecte et d'observer comment il expérimente la représentation de la nature, du corps et des formes. Dans ces premiers travaux, on perçoit déjà l'importance de l'observation et de l'étude des modèles dans le développement d'une pensée créative qui, au fil des années, trouvera dans l'architecture son principal champ d'expression.
L'histoire de ces dessins est également exceptionnelle par leur mode de conservation. Les originaux appartenaient à Emili Cabanyes i Rabassa, condisciple de Gaudí devenu par la suite maire de Mataró. Depuis lors, les documents sont restés dans sa famille et se sont transmis de génération en génération jusqu'à leurs propriétaires actuels. Cette continuité familiale est un élément essentiel pour étudier leur provenance et leur authenticité, car les documents ne sont pas apparus subitement sur le marché et ne proviennent pas d'une collection dont l'histoire documentaire serait difficile à reconstituer.