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Des expositions

Club 49, la modernité qui a défié le franquisme

Le MORERA de Lleida fait revivre l'une des expériences les plus singulières de la résistance culturelle catalane à travers une grande exposition qui reconstitue l'activité d'un collectif qui, entre 1949 et 1970, a maintenu ouvertes les fenêtres de l'avant-garde au milieu de la dictature.

Club 49, la modernité qui a défié le franquisme
bonart lérida - 15/10/26

La modernité ne s'affirme pas toujours au grand jour. Parfois, elle survit à travers des brèches, dans des espaces de liberté fragile et sous le regard vigilant du pouvoir. Dans le Barcelone d'après-guerre, alors que le franquisme avait étouffé une grande partie des mouvements de renouveau culturel impulsés sous la République, le Club 49 fit de la création artistique une forme de résistance. Musique, peinture, sculpture, photographie, théâtre, danse et cinéma trouvèrent dans cette initiative un terrain fertile pour renouer avec les avant-gardes historiques et faire connaître les nouvelles expressions artistiques qui remettaient en question les limites de la culture officielle.

Cette expérience, fondamentale pour comprendre les trajectoires de la modernité en Catalogne sous la dictature, est au cœur de l'une des expositions majeures de la scène muséale catalane fin 2026. Le MORERA, Musée d'Art Moderne et Contemporain de Lleida, présente « Club 49. Modernité observée (1949-1970) » , une exposition conçue par Muriel Gómez Pradas et Joan M. Minguet, visible du 15 octobre 2026 au 31 janvier 2027. L'exposition propose un regard sur le parcours d'un collectif qui a organisé plus de cinq cents activités culturelles et qui, malgré les restrictions politiques et idéologiques du régime, a contribué de manière décisive à maintenir vivant le contact avec les langages artistiques contemporains.

Pour comprendre l'émergence du Club 49, il faut remonter aux années 1930, période d'ouverture et d'expérimentation au sein de la société catalane, dont l'avant-garde fut l'un des principaux moteurs. L'expérience d'ADLAN (Amis de l'Art Nouveau), actif entre 1932 et 1936, avait démontré qu'une partie de la petite bourgeoisie barcelonaise pouvait être un acteur du renouveau culturel, promouvant des artistes et des propositions qui s'affranchissaient des conventions esthétiques de l'époque. La guerre civile et la victoire de Franco interrompirent brutalement ce processus. La répression, la censure et l'isolement culturel imposèrent un contexte radicalement défavorable à ceux qui avaient participé aux expériences de modernisation d'avant-guerre.

Après les années les plus sombres de la dictature, certains des protagonistes de ce mouvement reprirent leur activité avec une nouvelle initiative. Le Club 49 naquit en 1949, animé par la volonté de retrouver cet esprit de renouveau, mais dans un contexte qui l'obligeait à la prudence. Son histoire est précisément celle de cette tension entre le désir d'ouverture et la nécessité d'évoluer dans un cadre politique restreint. La modernité qu'il défendait ne pouvait se déployer sans conditions : il lui fallait trouver les espaces, les alliés et les formules qui lui permettraient de soutenir une activité culturelle pluraliste sans s'exposer constamment à la répression du régime.

Pendant plus de vingt ans, le Club 49 a élaboré une programmation qui s'affranchissait des hiérarchies disciplinaires conventionnelles et remettait en question les critères établis de ce qui mérite d'être considéré comme culturel. La musique classique y côtoyait le jazz ; les artistes confirmés côtoyaient les créateurs émergents ; la peinture et la sculpture dialoguaient avec la photographie, le cinéma et d'autres langages visuels. Cette diversité d'intérêts reflétait une conception ouverte de la création, envisagée comme un espace de recherche, d'échange et d'expérimentation.

Son activité ne se limitait pas à une programmation autonome. Le Club 49 a établi un réseau de collaborations avec des entités déjà présentes dans le paysage culturel barcelonais, telles que le Hot Jazz Club, la Sala Gaspar et les instituts culturels de pays démocratiques. Cette capacité à tisser des partenariats était essentielle pour élargir les circuits de diffusion artistique et faciliter le contact avec des expressions culturelles qui peinaient à trouver leur place dans les circuits officiels. Les activités se déroulaient aussi bien dans l'espace public que dans des maisons privées et, bien que Barcelone fût son principal centre d'opérations, le groupe a également promu des initiatives dans d'autres régions de Catalogne.

  • Affiche. Joan Miró, Mercé Cunnigham et Compagnie de Danse, 1966. Fondation Joan Miró.

Ce réseau de relations, d'espaces et de disciplines constitue l'un des aspects les plus significatifs de l'expérience. Au-delà de sa programmation, le Club 49 a contribué au maintien d'une communauté culturelle en phase avec les transformations artistiques de son époque. Son importance réside à la fois dans les activités qu'il a organisées et dans la possibilité de préserver une attitude critique et expérimentale au sein d'un contexte favorisant l'homogénéisation idéologique et l'imposition d'un discours culturel contrôlé par le pouvoir.

L’exposition MORERA s’appuie sur une recherche exhaustive menée dans les archives publiques et privées afin de reconstituer cette trajectoire et de rendre visible une histoire qui ne peut s’expliquer uniquement par les figures les plus connues de l’art catalan. Les cartons d’invitation, les documents relatifs à la vie interne du groupe et les supports témoignant des activités programmées permettent de saisir la dimension quotidienne de cette aventure collective. L’exposition ne se limite donc pas à présenter une succession d’événements, mais vise à restituer les contextes, les relations et les stratégies qui ont permis de maintenir une activité culturelle d’envergure malgré des conditions difficiles.

  • Brochure. Présentation des Maculatures par Tharrats. Club 49, 1955. MACBA.

Cette reconstitution permet également de réexaminer les rapports entre art, politique et société sous le régime franquiste. Comment la liberté de création pouvait-elle être défendue dans un système qui restreignait les formes d'expression ? Quelle marge de manœuvre offraient les réseaux culturels indépendants ? Et dans quelle mesure les initiatives discrètes ont-elles contribué à préparer le terrain aux transformations ultérieures ? Le parcours du Club 49 nous permet d'aborder ces questions sans réduire son activité à une simple opposition entre culture officielle et résistance, et met en lumière la complexité des mécanismes qui ont permis de maintenir ouverts certains espaces de modernité.

L'exposition s'inscrit ainsi dans une rétrospective nécessaire de l'histoire culturelle catalane d'après-guerre, qui invite à considérer non seulement les ruptures causées par la dictature, mais aussi les continuités, la complicité et les initiatives qui ont empêché l'anéantissement total du renouveau artistique. En ce sens, le Club 49 constitue un chapitre essentiel pour comprendre comment le lien avec les avant-gardes a été préservé et comment les conditions de la renaissance d'une culture contemporaine plurielle ont été réunies.

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