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Des expositions

Cinta Vidal remet en question la gravité de l'architecture

UPEND explore les limites de l'espace construit à partir de l'architecture moderne et brutaliste, tandis que l'artiste catalan signe également l'affiche de La Mercè 2026.

Cinta Vidal remet en question la gravité de l'architecture
bonart seubersdorf - 18/09/26

Cinta Vidal revient à l'architecture pour la questionner. Non pas tant pour la représenter que pour déconstruire ses certitudes, en modifier les repères et imaginer d'autres manières d'habiter l'espace. Dans UPEND , sa deuxième exposition personnelle à la galerie Zink, à Seubersdorf, l'artiste catalane présente une nouvelle série de peintures où les références à l'architecture moderne d'après-guerre et au brutalisme deviennent la matière première d'un univers pictural où la gravité cesse d'être une loi incontestable.

L'exposition, qui ouvre ses portes le 19 septembre et se poursuit jusqu'au 1er novembre 2026, met à l'honneur l'architecture française et, plus particulièrement, l'œuvre de Le Corbusier. Elle fait également référence à Mies van der Rohe, à l'Atelier de Montrouge et à Frank Lloyd Wright, architectes qui ont contribué, chacun à leur manière, à définir une certaine conception de la modernité fondée sur l'ordre, la structure, la fonctionnalité et le rapport entre espace et forme.

Mais Vidal n’aborde pas cet héritage comme une peintre se contentant de le reproduire. Elle se l’approprie, le fragmente et le déplace. Volumes, façades, trames structurelles et surfaces de béton abandonnent leur fonction architecturale originelle pour s’intégrer à une nouvelle grammaire visuelle. Les bâtiments cessent d’être des contenants pour devenir des formes ouvertes, susceptibles d’être réorganisées en compositions qui semblent défier les lois de la physique.

Cette opération est particulièrement significative chez une artiste qui a fait des structures impossibles, des espaces partagés et des architectures suspendues un axe central de ses recherches. Dans ses nouvelles peintures, la perspective se multiplie et la gravité se déplace. Ce qui, dans l'architecture moderne, pourrait représenter la stabilité, l'ordre et la rationalité, se métamorphose en une construction plus ambiguë, presque chorégraphique, où chaque élément semble chercher une nouvelle position.

Le brutalisme, avec sa force matérielle et sa volonté de laisser les structures apparentes, offre à Vidal un répertoire formel particulièrement riche. Le béton, les modules, les géométries et les volumes massifs perdent ici leur apparente immobilité. Le peintre les soumet à un processus de déhiérarchisation qui permet de percevoir les bâtiments sous de multiples angles et, surtout, de les faire coexister dans un même espace sans être soumis à une perspective unique.

C’est à ce stade qu’UPEND transcende le seul intérêt architectural. Les œuvres invitent à une réflexion sur la manière dont nous construisons les espaces que nous habitons et sur les structures – physiques mais aussi mentales – qui déterminent notre relation aux autres. L’architecture n’apparaît plus comme une forme figée, mais comme un système susceptible d’être modifié, partagé et réinterprété. Vidal introduit ainsi une dimension quasi politique dans des images qui, au premier abord, peuvent sembler purement géométriques.

La concomitance temporelle avec un autre projet particulièrement visible de l'artiste renforce cette dimension évocatrice de son œuvre. Cinta Vidal est également l'auteure de l'affiche de la Mercè 2026, une intervention qui inscrit son imaginaire dans un contexte citoyen et populaire très différent de celui de l'espace de la galerie. Si UPEND part de l'architecture pour imaginer d'autres formes de coexistence spatiale, l'affiche du festival de Barcelone étend cette capacité à construire des univers visuels à l'espace public et collectif.

Entre architecture brutaliste et festa major, entre béton et célébration, un désir commun se dessine : celui de questionner les modes de perception établis. Vidal travaille avec des structures familières pour les transformer jusqu’à ce qu’elles ne se comportent plus comme prévu. Ses bâtiments peuvent être à l’envers, suspendus, partager des murs impossibles ou coexister sur une même surface sans obéir à une architecture définie. Et c’est précisément cette impossibilité qui ouvre la voie à une autre conception de l’espace.

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