La présence catalane à la 18e Biennale d'art contemporain de Lyon dessine un parcours aussi diversifié que cohérent, abordant certaines des grandes questions de la création contemporaine. Luz Broto, Lúa Coderch, Laia Estruch et Núria Güell participeront à une édition qui, du 19 septembre au 13 décembre 2026, fera de Lyon l'un des principaux carrefours de l'art contemporain international. Cette participation bénéficie du soutien du ministère de la Culture, par le biais de l'Institut Ramon Llull, dans le cadre de son engagement à renforcer le rayonnement international des arts visuels catalans.
Au-delà des coïncidences géographiques ou institutionnelles, les projets de ces quatre artistes partagent une volonté de questionner ce qui reste souvent en dehors du champ d'étude : les formes de relation entre les personnes, les mécanismes qui construisent la valeur culturelle, la mémoire inscrite dans l'architecture ou la manière dont les corps et les voix transforment les espaces que nous habitons.

Luz Broto présentera « Se mettre à la place de l’autre » , un projet qui, à partir de gestes en apparence simples, explore des concepts tels que l’empathie, la confiance et l’interdépendance. Cette proposition, visible au Musée des Tissus à travers la présentation du livre éponyme, comprend également huit protocoles traduits en français et diffusés dans différents lieux lyonnais. Ces instructions invitent les participants à échanger clés, objets, itinéraires ou habitudes avec d’autres personnes, introduisant ainsi de petites modifications dans leurs routines qui, précisément parce qu’elles paraissent naturelles, passent souvent inaperçues.
Broto travaille ainsi sur les structures invisibles qui organisent la vie collective. Sa pratique, souvent fondée sur des interventions spécifiques à chaque contexte, transforme les actions quotidiennes en mécanismes capables de modifier la perception de l'espace et des relations sociales. Un axe de recherche développé depuis plus d'une décennie et présenté dans des contextes tels que Manifesta 14, la Sécession viennoise ou le MACBA.
À Les Grandes Locos, Lúa Coderch présentera International Style [Pavillon] , une nouvelle exploration du Pavillon allemand de Mies van der Rohe et Lilly Reich à Barcelone. Le projet s'approprie certains éléments architecturaux du bâtiment et les transforme en sculptures gonflables monumentales, les extrayant de leur contexte d'origine pour interroger la transformation d'une architecture en patrimoine, la construction de la mémoire et les mécanismes économiques à l'œuvre dans la production de valeur culturelle.
Coderch conçoit ses œuvres comme des « dispositifs de recherche », des espaces hybrides où installation, sculpture et récit se rencontrent pour revisiter des histoires apparemment figées. Son travail a été présenté dans des institutions telles que le Bòlit Centre d'Art Contemporani, Fabra i Coats, la Fundació Joan Brossa, le Museu Tàpies, La Panera et le MUAC à Mexico, ainsi qu'à ARCO Madrid.
Également présentée à Les Grandes Locos, Laia Estruch inaugurera Carrau (2026), une installation conçue spécifiquement pour la Biennale de Lyon. Trois grandes portes gonflables structurent une œuvre à la croisée de la sculpture, de la performance et de la recherche sur la voix. Activées par le passage des visiteurs, ces structures transforment un geste aussi banal qu'entrer ou sortir en une expérience corporelle et performative.
Dans l'œuvre d'Estruch, le corps et la voix servent d'outils pour révéler la dimension physique et sociale des espaces. La respiration, le son et le mouvement cessent d'être des éléments secondaires pour devenir matière sculpturale. Carrau se situe ainsi dans ce territoire intermédiaire qui l'intéresse particulièrement : les seuils, les espaces de transition, ce qui sépare – et relie simultanément – l'intérieur et l'extérieur, l'avant et l'après. Son parcours comprend des expositions au Museo Reina Sofía, au MNAC, au MACBA, à la Triennale de Courtrai et au Casal Solleric.
La proposition de Núria Güell introduit une nouvelle dimension critique à cette cartographie catalane de Lyon. À travers « Art politique dégénéré. Le lien Epstein-Lang » , l’artiste interroge les relations entre le marché de l’art, l’évasion fiscale et la construction du prestige culturel. L’œuvre prend la forme d’une galerie d’art fictive, enregistrée dans un paradis fiscal et installée au sein même de la Biennale, révélant ainsi, dans le dispositif expérimental, les mécanismes économiques souvent occultés par le système de l’art.
Güell utilise l'art comme outil d'intervention dans les structures juridiques, économiques et institutionnelles qui conditionnent la société. Ses œuvres ne se limitent pas à représenter les conflits, mais interviennent dans les processus mêmes qui les produisent, brouillant les frontières entre art, politique et réalité. Sa carrière internationale comprend des participations à la Biennale de Malte, à Manifesta 14 et à des institutions telles que le S.MAK à Gand et le MNAC.
La présence simultanée de ces quatre artistes à Lyon offre ainsi une image particulièrement significative de la création contemporaine catalane : quatre pratiques très différentes qui partagent un regard critique sur les structures qui articulent notre expérience du monde. Le soutien de l’Institut Ramon Llull inscrit ces voix dans l’un des principaux circuits internationaux de l’art contemporain, tandis que la Fundació Úniques et Catapulta complètent le soutien apporté à leur participation.

Depuis sa création en 1991, la Biennale d'art contemporain de Lyon s'est imposée comme un événement majeur en Europe et comme le principal rendez-vous de l'art contemporain en France. Sa programmation se déploie dans différents lieux de la ville et de sa région et réunit des artistes d'horizons très divers. Pour son édition 2026, sous le commissariat de Catherine Nichols et intitulée « Passer d'un rêve à l'autre » , la Biennale explore les économies matérielles, sociales et symboliques qui traversent le présent, avec la participation d'une centaine de créateurs internationaux.
Avec un afflux régulier d'environ 300 000 visiteurs et des interventions dans l'espace public qui touchent plus de 2,7 millions de spectateurs, Lyon continue de fonctionner comme une plateforme privilégiée pour observer les évolutions de l'art contemporain.