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La Porte de l'Enfer devient un corps collectif pour La Mercè

Daniel Esteban réinterprète l'un des grands symboles du correfoc avec une installation monumentale de quatorze mètres qui revendique la culture populaire comme espace communautaire.

La Porte de l'Enfer devient un corps collectif pour La Mercè
bonart barcelone - 07/09/26

La Mercè ouvrira à nouveau les portes de l'Enfer, mais cette année sous un angle inédit. Le correfoc présente en avant-première une Porte de l'Enfer conçue par l'artiste plasticien Daniel Esteban, une intervention monumentale qui transforme l'un des éléments les plus emblématiques du festival en une réflexion sur la force du collectif.

L'œuvre mesure quatorze mètres de large – soit la longueur totale du Passeig de Gràcia – et sept mètres de haut. Sa structure est composée de représentations fragmentées d'un millier de corps humains qui, une fois assemblés, forment une vaste composition sculpturale. La porte cesse ainsi d'être un simple élément scénographique pour devenir une métaphore de la fête populaire : une construction commune qui ne prend sens que par la somme des contributions de nombreux individus.

Castellers, danseurs, sardanistes, joueurs de cobla, diables et participants aux fêtes traditionnelles partagent une même réalité : la fête naît de la communauté. La nouvelle Porta de l'Infern part précisément de cette idée et place le corps humain au cœur d'une proposition qui observe la tradition dans un regard contemporain.

Esteban utilise l'imagerie de l'enfer pour la transposer dans le présent. Sa proposition naît d'une réflexion sur les différentes formes que peut prendre l'enfer du quotidien et oppose cette réalité à la culture populaire, envisagée comme un espace de rencontre, de participation et d'organisation collective. Il en résulte une réinterprétation d'un symbole traditionnel qui ne cherche pas à reproduire le passé, mais plutôt à instaurer un dialogue avec lui à partir des préoccupations de notre époque.

Une porte construite à partir de la culture populaire

La nouvelle structure a été promue par l'Institut de Culture de Barcelone (ICUB) avec la collaboration de la Taula del Foc, l'espace qui rassemble des représentants des différents groupes de pompiers de Barcelone. Le processus de création a été suivi par un comité consultatif formé par Mercè Ayora, déléguée territoriale de la ville de Barcelone de l'Agrupació del Bestiari Festiu i Popular de Catalunya ; Jordi Ullate, président de la Coordinadora des Diables de Barcelona, et Toni Lucena, vice-président de la Federació de Diables de Barcelona.

La Porte de l'Enfer joue un rôle essentiel dans le rituel du correfoc. C'est le seuil que franchissent les bandes de démons au début du spectacle, marquant symboliquement la frontière entre la ville et le monde souterrain. Dès lors, l'espace urbain se métamorphose et le feu, la musique et les images festives transforment la rue en une scène grandiose.

Dragons, vibrios, diables et public participent à une célébration où la tradition se transforme en expérience partagée. La nouvelle porte renforce cette dimension collective et scénique du festival.

Le dispositif pyrotechnique sera fourni par la société Estalella, qui a conçu le spectacle accompagnant l'installation. La conception lumière et la participation d'un groupe de percussionnistes complèteront la mise en scène et intensifieront le moment où les diables escaladeront l'arche pour l'illuminer.

Daniel Esteban et le corps comme matériau artistique

Le choix du corps humain comme élément central n'est pas fortuit dans le parcours de Daniel Esteban Esquina, né à Barcelone en 2001. Artiste plasticien formé au développement visuel à Barcelone et dont la carrière est également marquée par l'auto-apprentissage, il développe sa pratique principalement entre sculpture et photographie.

Le corps, l'imaginaire collectif et la culture populaire occupent une place centrale dans sa production, abordée sous un angle critique, ironique et satirique. Son univers créatif prend souvent naissance à partir de formes de marionnettes, de mannequins et de figures liées à l'imagerie populaire catalane.

Dans ses œuvres, il combine le modelage et l'assemblage de matériaux tels que la céramique, le textile et la résine. Avec La Porte de l'Enfer, cette exploration du corps et de ses représentations acquiert une dimension monumentale : la figure individuelle disparaît pour laisser place à une multitude convertie en architecture.

Son rapport à la culture populaire catalane n'est pas exclusivement artistique. Dès son plus jeune âge, Esteban a été impliqué dans des organisations telles que les Blaus de Granollers et le groupe de tours humaines Xics de Granollers, expériences qui ont contribué à forger sa vision de la tradition et des formes de participation communautaire.

Sa pratique artistique a été complétée par sa participation à des projets sculpturaux d'artistes contemporains, notamment à la production de sculptures monumentales en bronze, ainsi qu'à des initiatives liées à la culture traditionnelle et à l'imagerie populaire catalane.

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