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Des cartes postales de l'exil de Jaume Bosch Sala arrivent aux Archives municipales de Gérone

74 cartes postales et une lettre nous permettent de reconstituer les onze années d'exil, d'internement et de répression du dernier maire républicain de Sant Daniel.

Des cartes postales de l'exil de Jaume Bosch Sala arrivent aux Archives municipales de Gérone
bonart gérone - 03/09/26

Les Archives municipales de Gérone ont intégré à leurs collections un ensemble documentaire d'une grande valeur historique et humaine : 74 cartes postales et une lettre envoyées par Jaume Bosch Sala durant les onze années qu'il passa en exil et en emprisonnement entre la France et l'Algérie. Conservée pendant des décennies par sa famille, cette correspondance a été léguée par sa petite-fille et ses petits-enfants et permet de reconstituer, à travers des messages nécessairement brefs et marqués par la censure, une partie essentielle du parcours de vie du dernier maire républicain de la Vall de Sant Daniel.

Les cartes postales, datées entre 1939 et 1949, étaient principalement adressées à son épouse, Montserrat Grau Capdeferro, et à ses enfants, Teresa et Jaume Bosch Grau, bien qu'il en ait également envoyé à d'autres membres de sa famille. Malgré leur apparente simplicité, ces documents offrent un témoignage précieux des conditions de vie des républicains exilés et victimes de représailles après la guerre civile.

La brièveté des messages n'est pas fortuite. La correspondance était soumise à une double censure : celle des camps d'internement où se trouvait Bosch Sala et celle des autorités franquistes, en vigueur à destination. Les cartes postales devenaient souvent de simples signes de vie, une manière de faire savoir à sa famille qu'il était toujours en vie et de maintenir, malgré la distance et les circonstances, un lien avec ses proches.

Ce coffret nous permet de retracer le parcours de Bosch Sala à travers les différents camps de prisonniers et lieux d'internement où il fut détenu durant son exil. Au-delà des données strictement biographiques, les cartes postales offrent une dimension intime à l'histoire de la répression républicaine : la séparation familiale, l'incertitude, la surveillance et la nécessité de transformer quelques mots en un lien avec la vie qu'il avait laissée derrière lui.

L'intégration de la documentation aux Archives municipales s'est accompagnée d'un hommage et d'une cérémonie de mémoire démocratique organisés par la mairie de Gérone et l'association de quartier Vall de Sant Daniel, dans le cadre de la Festa Major du quartier. Cet acte réhabilite la figure de Bosch Sala et constitue également une réparation morale et institutionnelle envers le dernier maire républicain de la vallée.

Le maire de Gérone, Lluc Salellas i Vilar, a souligné l'importance de ce don et de la réhabilitation de la figure de Bosch Sala, qu'il décrit comme un homme exilé et victime de représailles politiques, mais aussi comme un professionnel exceptionnel et un maire ayant contribué à la modernisation de Sant Daniel. L'intégration de cette collection permet, selon le maire, de préserver un nouveau pan de l'histoire de la ville et de réhabiliter une figure clé de son passé récent.

Jaume Bosch Sala est né à Sant Daniel le 30 mai 1909. Son enfance a été marquée par une tragédie familiale : à l'âge de quatre ans, il est devenu orphelin de père et de mère, et sans frère, dans le contexte des épidémies de typhus, de tuberculose et de diphtérie qui ont touché la population entre 1913 et 1914. Son grand-père paternel, Jaume Bosch Menció, s'est alors installé à Sant Daniel avec ses fils et filles célibataires pour reprendre l'entreprise familiale et s'occuper de son petit-fils.

Bosch Sala étudia ensuite la comptabilité à Barcelone et exerça la profession de comptable. Son engagement dans la vie publique de Sant Daniel le conduisit à présider le conseil municipal entre 1933 et 1934. En pleine guerre civile, le 30 juillet 1936, il fut élu maire, représentant la Gauche républicaine de Catalogne.

Son mandat fut conditionné par les besoins engendrés par la guerre, mais aussi par une volonté de transformer la municipalité. En octobre 1936, il démissionna temporairement de la mairie pour rejoindre les rangs de l'armée, mais reprit ses fonctions en novembre de la même année. Il les occupa jusqu'au 25 décembre 1938.

Durant ces années, diverses actions de développement social et urbain ont été entreprises. Parmi les plus notables figurent la création d'un centre d'accueil pour réfugiés de guerre et d'une école maternelle, qui donnera naissance plus tard au groupe scolaire Pi i Margall, en utilisant les infrastructures du monastère. La section dite « rue du couvent » a également été ouverte et l'éclairage public, partiellement installé, a débuté.

Un autre épisode important de son mandat eut lieu le 13 décembre 1936, lorsque le changement de nom de la commune de Sant Daniel en Vall de Gallegans fut approuvé à l'unanimité.

La fin de la guerre civile marqua pour Bosch Sala une période d'exil, d'internement et de répression politique. Entre la France et l'Algérie, il passa onze ans loin de sa famille et de sa commune. C'est précisément cette période qui ressurgit aujourd'hui avec une force particulière à travers les cartes postales conservées par ses descendants.

Cette correspondance nous permet de retrouver une histoire restée confinée au cercle familial pendant des décennies et d'en faire un patrimoine documentaire collectif. Leurs écrits, limités par la censure et les conditions de l'exil, offrent un aperçu poignant des conséquences humaines de la défaite républicaine et de la vie de ceux qui ont dû reconstruire leur existence loin de chez eux.

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