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Des expositions

Au-delà de la Silicon Valley, les femmes qui ont bâti la technologie

Cara Romero, Gikendaaso, 2022.
Au-delà de la Silicon Valley, les femmes qui ont bâti la technologie

L'histoire des technologies est souvent dominée par les inventeurs, les scientifiques et les grands noms associés à la révolution numérique. Pourtant, derrière ce récit se cache un vaste réseau de femmes dont le travail a été crucial pour rendre possibles nombre des avancées qui font aujourd'hui partie de notre quotidien. Le Musée d'art de San Jose exhume cette histoire méconnue dans « Motherboards » , une exposition qui célèbre la contribution des femmes à l'industrie technologique et interroge les raisons de leur exclusion des récits officiels.

L'exposition, visible du 10 avril 2026 au 10 janvier 2027, retrace différents moments de cette histoire : des premières femmes ayant effectué des tâches de calcul et de programmation aux ouvrières des usines de composants électroniques de la Silicon Valley et d'autres régions du monde, en passant par les travailleuses invisibles d'aujourd'hui qui soutiennent une grande partie de l'infrastructure de l'économie numérique.

  • Analia Saban, Carte mère n° 8, 2020.

L’exposition « Motherboards » présente ainsi une généalogie de la technologie qui dépasse l’image traditionnelle du laboratoire ou du garage comme seuls espaces d’innovation. Elle relie ces lieux emblématiques de la Silicon Valley aux métiers à tisser, aux bureaux, aux cuisines et aux chaînes de montage, mettant en lumière d’autres contextes et formes de savoir qui ont également contribué à bâtir le monde technologique.

L'un des thèmes centraux de l'exposition établit un lien entre l'informatique et une pratique traditionnellement associée au travail des femmes : le tissage. Cette relation n'est pas purement métaphorique. Les motifs, les systèmes de codage et les structures inhérents au tissage permettent d'établir des parallèles avec les premiers langages et processus informatiques, tout en démontrant comment certaines pratiques considérées comme domestiques ou artisanales ont contribué à l'évolution technologique.

Un autre chapitre explore le rôle des femmes qui travaillaient comme « calculatrices » au début du XXe siècle. Avant que les machines ne prennent en charge nombre de ces tâches, elles effectuaient des calculs mathématiques complexes, fondamentaux pour divers domaines scientifiques et technologiques. Leur travail, pourtant essentiel, a souvent été éclipsé par celui des machines et par les noms masculins associés par la suite à l'informatique.

  • Photo : Glen Cheriton.

L'exposition met également en lumière les femmes qui ont rendu possible la concrétisation de la technologie. Les usines de composants électroniques et les chaînes de montage constituent un autre élément essentiel pour comprendre cette histoire. À l'opposé de l'image de la Silicon Valley comme un territoire exclusivement associé aux programmeurs, aux ingénieurs et aux entrepreneurs, « Motherboards » révèle l'immense quantité de travail manuel qui se cache derrière les appareils et les systèmes technologiques.

Ce travail se poursuit jusqu'à nos jours afin d'aborder également les nouvelles formes de travail invisible liées à l'économie numérique. Derrière les systèmes automatisés et les plateformes technologiques se cache une multitude de travailleurs qui accomplissent des tâches essentielles au fonctionnement de ces technologies. Nombre d'entre eux sont encore des femmes et restent largement à l'écart de la visibilité et de la reconnaissance associées à l'innovation technologique.

  • Photo : Glen Cheriton.

L'exposition réunit des œuvres d'artistes californiens et d'ailleurs qui explorent ces liens à travers divers médiums. Sarah Buckius, Tania Candiani, Priyageetha Dia, Rhonda Holberton, Charlotte Johannesson, Ahree Lee, Amor Muñoz, Hương Ngô, Mimi Ọnụọha, ainsi que Charlene Eigen-Vasquez, Sonya Rapoport, Cara Romero, Sarah Rosalena, Analia Saban, Marilou Schultz, le collectif Superkilogirls (composé de Camila Galaz, Ana Meisel et Lua Vollaard) et Mika Tajima participent à une exposition mêlant installations, vidéos, textiles et autres formes d'art contemporain.

Ces propositions sont complétées par des objets issus des archives du Computer History Museum, élargissant ainsi la portée historique du projet et instaurant un dialogue entre documents, art et culture matérielle. Il en résulte une exposition qui vise non seulement à ajouter les noms des femmes à une histoire déjà écrite, mais aussi à repenser la perspective à partir de laquelle cette histoire est racontée et à identifier les œuvres, les espaces et les savoirs qui ont été occultés.

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