Un crâne mésoaméricain ancien est revenu au Mexique après avoir passé des décennies aux Pays-Bas et s'apprête à entamer un nouveau chapitre lié à sa terre d'origine. L'Institut national d'anthropologie et d'histoire (INAH) en assure actuellement la conservation, et il sera exposé à partir d'avril 2027 au Musée communautaire Yucu Saa de Villa de Tututepec, dans l'État d'Oaxaca.
Cette pièce présente un décor unique réalisé en turquoise, quartz et jadéite, appliqué à l'aide de petites tesselles formant un motif évoquant un serpent. Les analyses effectuées après son retour au Mexique ont confirmé que les matériaux utilisés pour l'ornement, ainsi que le crâne lui-même, sont d'origine préhispanique. De plus, cette technique décorative a été documentée comme ayant déjà été employée en Mésoamérique durant la période postclassique récente, entre 1200 et 1521 apr. J.-C.
L’étude scientifique a également permis d’identifier un élément postérieur : environ 99 % de l’adhésif utilisé dans la décoration est moderne, ce qui indique une intervention effectuée à l’époque contemporaine sur les vestiges originaux.
L'histoire récente de cette pièce est marquée par son retrait du Mexique et par un processus de restitution qui s'est mis en place des années plus tard. Le crâne a été acquis en 1964 par un musée de Leyde, aux Pays-Bas, par l'intermédiaire d'un marchand américain et sans aucun document attestant de sa provenance. Des décennies plus tard, sa présence en Europe suscitera l'intérêt d'un groupe culturel indigène et d'un artiste mexicain.
Le tournant s'est produit en 2022, lorsque l'artiste contemporain Daniel Aguilar Ruvalcaba a appris l'existence du crâne lors de sa résidence à la Rijksakademie d'Amsterdam. Il a alors sollicité la collaboration de Nohivi Ñuu Savi, un collectif culturel dirigé par des autochtones, afin de lancer une campagne visant à sa restitution.
L'initiative a ensuite reçu un soutien institutionnel. En 2023, les autorités mexicaines ont officiellement soumis une demande de rapatriement aux Pays-Bas. Les autorités néerlandaises ont confirmé en décembre 2024 qu'elles accepteraient le retour, et le crâne a finalement été rapatrié au Mexique en mai 2025.
L’INAH (Institut national d’anthropologie et d’histoire) considère ces restes comme des vestiges squelettiques humains préhispaniques provenant du territoire mexicain, ce qui a justifié la demande officielle de restitution. Leur retour soulève donc une question qui dépasse la simple récupération d’une pièce archéologique : la restitution de restes humains implique également leur réintégration dans un contexte historique, culturel et communautaire.
Suite au rapatriement, les habitants de Tututepec ont lancé une pétition pour exiger la reconnaissance du rôle joué par le collectif Nohivi Ñuu Savi dans le processus et pour souligner l'importance du retour des restes dans la région à laquelle ils sont liés.
Son exposition prochaine au Musée communautaire de Yucu Saa, prévue pour avril 2027, marquera en quelque sorte la fin d'un long périple entamé bien avant son arrivée en Europe. Le crâne cessera d'être un simple objet conservé dans une institution étrangère pour s'intégrer à nouveau à un récit issu de son territoire d'origine, mettant en lumière les liens entre patrimoine, mémoire, restitution et communautés autochtones.