Le Centre andalou d'art contemporain (C3A) célèbre son dixième anniversaire avec « Ville de qui. Collection CAAC. 10e anniversaire », une exposition qui transforme ses galeries en un musée éphémère. Ce lieu invite à observer Cordoue comme un territoire construit à partir d'une pluralité d'époques, de mémoires, de récits et de modes de vie. Visible jusqu'au 31 janvier 2027, l'exposition propose un parcours où les frontières entre les époques et les disciplines s'estompent, tissant de nouveaux liens entre les œuvres et ouvrant de nouvelles perspectives sur la ville.
L'exposition réunit des œuvres de différents prêteurs de Cordoue, des pièces de la collection du CAAC et des créations originales réalisées spécialement pour l'occasion. Il en résulte une vision plurielle de Cordoue qui ne vise pas à construire une image unique de la ville, mais plutôt à révéler les différentes strates qui la composent : sa mémoire collective, ses conflits, son imaginaire collectif, ses transformations et le vécu de ses habitants.
Cordoue apparaît ainsi comme un territoire à la fois unique et universel. Une ville façonnée par des siècles d'histoire, où traces tangibles et vestiges invisibles, présences et absences, accords et tensions coexistent. L'exposition explore précisément cette complexité de l'espace urbain et la manière dont les processus historiques conditionnent nos façons d'occuper, de nous souvenir et de transformer le monde que nous habitons.
Architecture, paysage, mémoire collective et expérience individuelle s'entremêlent tout au long du voyage. Nostalgie et idéalisation côtoient les frictions, les conflits et les contradictions inhérents à toute ville. Il ne s'agit donc pas de reconstruire une Cordoue idéalisée, mais d'affronter ses récits divers et la manière dont ceux-ci ont contribué à forger son identité.

Les généalogies d'une ville
Les salles T2 et T3 constituent l'une des sections principales de l'exposition, intitulée « Généalogies : Habiter les strates des mythes partagés » . Le parcours explore les constructions symboliques de Cordoue et, simultanément, les réalités historiques qui les sous-tendent.
« Le mythe et l’expérience vécue se déploient dans un espace complexe où s’entremêlent des strates de sens », explique Lola Baena. Dans ce dialogue, des œuvres de différentes périodes historiques coexistent, établissant des liens inattendus entre passé et présent.
Parmi les œuvres historiques figurent la Mosaïque des poètes et les représentations de saint Raphaël par Juan de Valdés Leal et Damián de Castro. À leurs côtés se trouvent des œuvres contemporaines telles que Le Marin noyé de Federico García Lorca, Figure assise de Francis Bacon et Portant VII de Pepe Espaliú. La juxtaposition de ces œuvres nous permet d'observer comment certains symboles, récits et images survivent, se transforment et acquièrent de nouvelles significations au fil du temps.
L'exposition présente également deux œuvres inédites directement liées à la mémoire sociale de Cordoue. L'une d'elles, réalisée par la cinéaste et plasticienne cordouane Pilar Monsell, est le fruit de plus d'une décennie de recherches sur la révolte du pain de 1652. Son œuvre retrace un épisode historique où le rôle des femmes et leur participation, notamment celles issues des classes populaires, sont particulièrement marquants.
La seconde production est signée Fernando Vacas, qui présente une installation sonore et visuelle dédiée à Campo de la Verdad. Le projet aborde ce territoire, situé au sud de Cordoue, à travers les voix et les modes de vie du quartier. Le flamenco y apparaît comme un outil de transmission et de compréhension entre les générations, mais aussi comme l'expression d'une manière particulière d'habiter et de construire une communauté.

Le C3A dans la ville
Le bâtiment du Centre andalou d'art contemporain (C3A) devient lui-même un élément central de l'exposition. L'atrium est organisé en trois espaces thématiques, dont l'un, intitulé « Là où la ville traverse le temps : pourquoi le C3A ? », invite à une réflexion sur le lien entre l'architecture du centre et son contexte urbain. L'exposition présente des éléments permettant aux visiteurs de reconstituer une partie de l'identité du C3A et son dialogue avec Cordoue, notamment la maquette du bâtiment conçue par Nieto et Sobejano.
L'exposition établit également des liens entre différentes périodes historiques grâce à des pièces telles qu'un treillis de marbre du Xe siècle provenant du Musée archéologique de Cordoue et des œuvres de la collection du CAAC. Parmi ces dernières figurent des œuvres d'Elena Asins, Ibon Aranberri, Bleda y Rosa, Ana Mendieta et Manolo Millares, entre autres artistes.
Ainsi, le bâtiment cesse d'être un simple contenant et devient un élément actif du récit. Son architecture, son emplacement et sa relation avec son environnement s'intègrent à une exposition qui conçoit la ville comme un organisme en perpétuelle transformation.