La guerre en Ukraine continue de laisser des traces qui dépassent largement les pertes humaines et matérielles. Le patrimoine historique et culturel est également détruit de manière irréversible. Le dernier incident en date s'est produit à Beryslav, dans la région de Kherson, où une frappe de drone russe a détruit l'église de la Sainte-Présentation, un édifice en bois du XVIIIe siècle considéré comme l'un des derniers exemples d'architecture cosaque traditionnelle du pays.
Construite initialement en 1725, l'église faisait partie d'une fortification près de Zaporijia. En 1784, elle fut déplacée à Beryslav, où elle demeura pendant près de trois siècles, témoignant d'un exemple remarquable d'architecture religieuse et militaire de tradition cosaque. Les images prises après l'attaque ne montrent plus que les vestiges calcinés de l'édifice.
Oleksandr Alchiev, chef de l'administration militaire de Beryslav, a décrit le temple comme un monument architectural unique d'importance nationale et a souligné qu'il faisait partie intégrante de l'histoire de la ville depuis près de trois siècles. Sa destruction représente donc la perte d'un élément tangible de la mémoire historique ukrainienne, difficilement remplaçable ou reconstituable à l'identique.
Le cas de Beryslav s'inscrit dans un contexte beaucoup plus large. Selon les données du ministère ukrainien de la Culture, depuis le début de l'invasion russe à grande échelle en 2022, près de 2 000 sites culturels et patrimoniaux ont été endommagés ou détruits dans le pays. Églises, musées, monuments, bibliothèques et bâtiments historiques ont été touchés par des bombardements et des attaques.

La Maison de la Culture, endommagée par un bombardement russe dans la ville de Davydiv Brid, dans le district de Beryslav, région de Kherson (Ukraine), le 22 novembre 2025.
Parmi les sites endommagés figurent la cathédrale de l'Assomption de Kyiv, le musée national littéraire et mémorial Hryhorii Skovoroda, le musée de Tchernobyl et la laure des Grottes de Kyiv (monastère des Grottes). La menace ne se limite pas aux édifices historiques. Le patrimoine artistique conservé dans les musées et les collections a également subi les conséquences de la guerre, notamment le pillage d'objets culturels ukrainiens.
L'attaque contre l'église de Beryslav survient quelques jours seulement après un autre incident visant une institution culturelle. Un missile russe a touché le toit du musée d'art de Kharkiv, causant d'importants dégâts au bâtiment et blessant six personnes, dont un bébé.
La destruction de l'église cosaque revêt une importance particulière compte tenu de la nature même de l'édifice. Il ne s'agissait pas simplement d'un lieu de culte, mais d'un témoignage architectural en bois, conservant les traces d'une tradition historique spécifique. Sa valeur résidait précisément dans son authenticité, dans les matériaux d'origine et dans la continuité de sa présence dans la région.
La guerre fait ainsi du patrimoine une de ses victimes. Lorsqu'un bâtiment historique disparaît, ce n'est pas seulement l'architecture qui disparaît : les techniques de construction, la mémoire collective, les symboles identitaires et une part irremplaçable de l'histoire d'une communauté s'évanouissent également. Dans le cas de l'Ukraine, l'ampleur des pertes pose aussi le défi de documenter, protéger et préserver ce qui reste debout.