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Des expositions

Le souvenir de la dissidence sexuelle prend la parole à Gérone

Le Musée d'histoire de Gérone retrace des siècles de persécution, de résistance et d'activisme LGBTIQA+ dans une exposition qui rend hommage à la lutte pour les droits et la diversité.

Joan Castro. Front d'Alliberament Gai. Girona. 1988. Ajuntament de Girona. CRDI (Fons El Punt - Joan Castro).
Le souvenir de la dissidence sexuelle prend la parole à Gérone
bonart gérone - 24/07/26

L’histoire des identités sexuelles et de genre est aussi celle des formes de contrôle exercées sur les corps, le désir et la liberté individuelle. C’est dans cet esprit que le Musée d’Histoire de Gérone, en collaboration avec l’Espai LGTBI+ Mar C. Llop, présente « Répression, plaisir et liberté » , une exposition conçue par Lyhdyr Esquerdo Teixidó, Pau Gàlvez Lot et Sílvia Planas Marcé, à découvrir du 28 juin au 13 septembre 2026.

Cette proposition offre une perspective de long terme sur l'évolution des dissidences sexuelles et de genre en Catalogne, montrant comment la construction des identités a toujours été liée aux mécanismes de pouvoir, aux préjugés sociaux et à la lutte pour l'égalité. Loin de se limiter à une chronologie des droits des personnes LGBTQIA+, l'exposition envisage la sexualité comme un espace de débat politique et culturel, où se sont définies les frontières entre ce qui est accepté et ce qui est persécuté.

Le parcours débute par une exploration des concepts qui définissent aujourd'hui la diversité sexuelle et de genre. L'exposition défend l'importance du langage comme outil de reconnaissance et de visibilité, rappelant que nommer une réalité, c'est aussi la rendre existante. À mesure que les identités se sont affirmées, de nouveaux mots et de nouvelles nuances ont émergé, permettant l'expression d'expériences toujours plus diverses.

  • Gabriel Casas Galobardes. travestis 1925-1935. ANC/5/Gabriel Casas et Fonds Galobardes.

L'exposition remonte ensuite au Moyen Âge, époque où toute pratique sexuelle s'écartant du modèle hétérosexuel et reproductif était persécutée sous l'accusation de « sodomie », considérée comme l'un des crimes les plus graves contre l'ordre moral et religieux. Les hommes ayant des relations avec d'autres hommes ou remettant en question les rôles de genre établis étaient sévèrement punis, tandis que les relations entre femmes étaient souvent passées sous silence ou ridiculisées au sein d'une société profondément patriarcale. Cette perspective historique montre comment la répression affectait non seulement les pratiques sexuelles, mais aussi toute expression contestant les normes sociales relatives à la masculinité et à la féminité.

L'un des axes principaux de l'exposition est consacré à la naissance du mouvement de libération LGBTIQA+ durant les dernières années du régime franquiste. Malgré les persécutions judiciaires et policières, au début des années 1970, un petit groupe de militants, mené par Francesc Francino et Armand de Fluvià, sous les pseudonymes de Mir Bellgai et Roger de Gaimon, commence à organiser des réunions clandestines qui donneront naissance au Mouvement espagnol de libération homosexuelle (MELH). Ces réunions, influencées par les courants révolutionnaires de Mai 68 et du Front de libération gay américain, aboutiront en 1975 à la création du Front d'alliberament gai de Catalogne (FAGC), première organisation majeure du mouvement dans le pays.

  • Auteur inconnu. Fernanda portant l'affiche de Nazario. Documentation Espai LGTBI+ Mar C. Llop.

L'exposition rappelle également l'importance de la première manifestation pour la libération sexuelle et de genre, organisée à Barcelone le 26 juin 1977 par la FAGC sous le slogan « Nous n'avons pas peur, nous sommes ». Malgré la violente répression policière qui mit fin à la mobilisation, cette journée allait devenir un tournant décisif pour la visibilité du groupe et le début d'une nouvelle étape dans la lutte pour les droits civiques.

Une part importante de la visite est consacrée à l'histoire du mouvement LGBTIQA+ dans la région de Gérone, mettant en lumière des épisodes méconnus mais fondamentaux pour comprendre l'évolution de l'activisme en dehors de Barcelone. Parmi ceux-ci, la réunion de l'Association internationale des lesbiennes et gays (ILGA) tenue en 1980 à Santa Cristina d'Aro, la première tentative de présentation de la FAGC à Gérone en 1981 ou encore la constitution officielle du collectif de Gérone en 1988, avec Xavier Parnau i Pagès comme l'une des figures de proue.

  • Antoni Crosa Mauri. Accord des lesbiennes de Santa Cristina. 1980. Mairie de Gérone. CRDI (Fonds El Punt - Antoni Crosa).

L'exposition met également en lumière le rôle des médias issus du mouvement lui-même. Le magazine Girona Gai, qui deviendra par la suite Girona Gai i Lesbià puis Matisos, a contribué à la création d'un réseau d'information et de soutien dans la région de Gérone, tandis que Ràdio Guirigai, née de Ràdio Salt, continue d'émettre aujourd'hui après près de quarante ans, devenant ainsi l'une des initiatives radiophoniques LGBTQIA+ les plus anciennes de Catalogne.

Au-delà du récit historique, l’exposition « Répression, Plaisir et Liberté » nous invite à réfléchir à la mémoire collective et à la nécessité de préserver les histoires des personnes et des groupes qui ont lutté contre la discrimination pour étendre les droits et les libertés. Elle nous rappelle que les progrès accomplis sont le fruit de décennies de résistance et de mobilisation, mais aussi que la défense de la diversité demeure un enjeu plus que jamais d’actualité.

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