Cet été, le MACBA propose une nouvelle lecture de sa collection avec « Le Geste du Film. La Vidéo dans la Collection du MACBA » , une proposition qui explore l’image en mouvement comme langage artistique, outil de mémorisation et instrument de transformation sociale. Ouverte au public depuis le 9 juillet, l’exposition articule trois projets qui, malgré des contextes historiques et des pratiques très différents, partagent une même intuition : la vidéo n’est pas qu’une simple technique d’enregistrement, mais un moyen de donner vie aux récits, de susciter la réflexion critique et de mettre en lumière des réalités souvent absentes des discours officiels.
L'exposition réunit Counterinformation, Video-Nou / Community Video Service , Echoes, Videos donated by the Han Nefkens and Pere Portabella Foundation et The Committed Gaze , trois démarches qui permettent d'explorer différents moments de l'histoire de la vidéo et sa capacité à questionner les langages dominants, à intervenir dans l'espace public et à reformuler le rapport entre document, témoignage et expérience.

Vues de l'exposition « Le geste du tournage ». Vidéo dans la collection du MACBA, 2026. Photo : Miquel Coll.
Au cœur de cette proposition se trouve « Contre-information. Video-Nou / Servei de Vídeo Comunitari » , une exposition conçue par María Berríos et Dani Gasol qui retrace l’expérience pionnière de ce collectif apparu durant les premières années de la Transition. Le projet revisite le rôle de Video-Nou / Servei de Vídeo Comunitari comme acteur de contre-information et de mobilisation sociale, et montre comment la caméra est devenue un outil de participation communautaire, de documentation critique et d’émancipation vis-à-vis des médias.
L'exposition réunit trente vidéos, dont dix-sept récemment numérisées et inédites depuis leur production et diffusion initiales à la fin des années 1970 et au début des années 1980. À ces œuvres s'ajoute une sélection de près de 300 photographies, documents graphiques et autres pièces provenant des archives de Video-Nou / Service vidéo communautaire, données au MACBA et désormais intégrées à la collection du musée. Ce projet est le fruit d'un long travail de récupération, de recherche, de numérisation et de catalogage mené conjointement par le musée et les membres du collectif. À ce jour, 1 169 éléments documentaires – documents, photographies, diapositives et enregistrements sonores – et environ 350 vidéos ont été retrouvés.
Cette relecture de Video-Nou nous permet de comprendre à quel point le groupe a rompu avec les récits des médias conventionnels et a dirigé la caméra vers des espaces, des corps et des conflits restés en marge du récit officiel de la Transition. Leurs enregistrements documentent des épisodes qui remettent en question l'image d'une transition modèle et sans heurts : les Journées internationales libertariennes au parc Güell, la grève des stations-service, diverses manifestations en 1977, le rocher de Canet la même année, le premier carnaval célébré à Barcelone depuis 1937, les performances d'Ocaña, Nazario et Pau Riba ou encore l'effervescence des nuits barcelonaises autour de Zeleste. Parallèlement, ce parcours révèle un tissu de pratiques liées aux pédagogies populaires, à la dissidence sociale et aux luttes urbaines, qui convergent vers une conception de la vidéo comme pratique collective, accessible et politiquement ancrée.

Vues de l'exposition « Le geste du tournage ». Vidéo dans la collection du MACBA, 2026. Photo : Miquel Coll.
L’exposition s’articule autour de quatre axes principaux qui permettent d’appréhender cette expérience dans toute sa complexité : le rapport entre vidéo et contre-médias, la dimension pédagogique de l’éducation audiovisuelle, les processus d’émancipation liés à la dissidence et la réflexion sur la transformation urbaine, l’accessibilité et l’abandon institutionnel. Plutôt que de reconstituer une généalogie figée, la proposition esquisse une cartographie des tensions entre image, activisme, éducation et espace public, tensions qui continuent d’interroger le présent.
Si Counterinformation envisage la vidéo comme un outil de mobilisation sociale, Ecos. Videos, grâce au don de la Fondation Han Nefkens, ouvre le regard sur la contemporanéité et les possibilités narratives et formelles du médium. La sélection rassemble des œuvres d'artistes qui explorent la vidéo sous l'angle de l'expérimentation visuelle et de la construction de récits non linéaires, et qui abordent des questions sociales, politiques et intimes par le biais de superpositions d'images, de temporalités fragmentées et de nouvelles formes de perception. L'ensemble met en relation la puissance critique de la vidéo avec ses dérives plus poétiques, immersives et essayistiques, et démontre à quel point l'image en mouvement est devenue un espace privilégié pour penser le monde contemporain.

Aziz Hazara, Bow Echo, 2019. Collection MACBA. Consortium MACBA. Don de la Fondation privée Han Nefkens. © Aziz Hazara.
Le troisième chapitre du projet , « Pere Portabella. Le regard engagé » , est une programmation de projections intégrée à « Acció Portabella » qui revisite la radicalité formelle et politique d'une des grandes figures du cinéma catalan. Cette sélection nous permet de redécouvrir l'œuvre d'un cinéaste qui n'a cessé de questionner les codes du langage cinématographique et qui concevait le cinéma comme un espace de dissidence esthétique et de confrontation avec le pouvoir. En dialogue avec le reste de la proposition, Portabella apparaît ici non seulement comme une figure clé de la modernité cinématographique, mais aussi comme un auteur qui a fait du regard critique une forme d'engagement.
Avec « Le Geste du Film » , le MACBA poursuit son travail de valorisation de la collection grâce à de nouvelles approches susceptibles d’instaurer un dialogue entre pratiques artistiques, contextes historiques et débats contemporains. L’exposition ne se limite pas à la présentation d’œuvres, mais propose une réflexion plus large sur le pouvoir de l’image en mouvement à construire une mémoire collective, à ouvrir des espaces de débat et à rendre visibles des formes de vie, de résistance et d’expérience souvent reléguées en marge des récits dominants.