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Des expositions

Picabia et la Méditerranée des avant-gardes

Le musée d'art moderne de Ceret revisite l'exil créatif qui a transformé l'art du XXe siècle.

Francis Picabia, Embarazo (Embarras), 1914, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid. Crédito fotográfico: Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid. 
Picabia et la Méditerranée des avant-gardes
bonart céret - 25/06/26

Le Musée d'Art Moderne de Céret présente Picabia, Méditerranée , une exposition ambitieuse qui place Francis Picabia (1879-1953) au cœur d'un réseau artistique transnational ayant redéfini les langages de la modernité. Loin de se limiter à une rétrospective conventionnelle, l'exposition propose une relecture de son parcours à l'aune de son rapport à la Catalogne et à l'espace méditerranéen, territoire qui se révèle déterminant dans la configuration des avant-gardes historiques.

Picabia est souvent perçu comme une figure protéiforme, difficile à catégoriser, capable de naviguer entre cubisme, abstraction, machinisme et l'esprit iconoclaste du dadaïsme. L'exposition se concentre sur la période 1913-1924, années de voyages incessants entre New York et Barcelone, qui coïncident avec certaines des périodes les plus fécondes de sa production. C'est dans ce contexte que naissent ses célèbres œuvres mécanomorphes, ainsi que ses collaborations avec la revue new-yorkaise 291 et la création de 391 , une publication barcelonaise qui deviendra l'un des laboratoires intellectuels les plus radicaux de l'époque.

  • Francis Picabia, Española (Espagnole), vers 1926-1927, collection privée. Crédit photo : Archives Comité Picabia.

Le grand mérite de l’exposition Ceret, conçue par Jean-Roch Dumont Saint Priest et Gwendoline Corthier-Hardoin, est d’éviter une lecture héroïque de l’artiste isolé pour le présenter comme partie intégrante d’un écosystème créatif en perpétuelle effervescence. La centaine d’œuvres réunies permet de retracer les liens entre Picabia et des artistes tels que Marcel Duchamp, Man Ray, Albert Gleizes, Pablo Picasso, Robert et Sonia Delaunay, Joan Miró ou Kees van Dongen. Tout aussi pertinente est l’intégration de figures féminines qui, pendant des décennies, ont occupé une place secondaire dans les récits canoniques de l’avant-garde, comme Marie Laurencin, Juliette Roche, Olga Sacharoff, Hélène Grünhoff ou Natalia Gonxàrova.

Ce parcours montre comment New York et Barcelone ont constitué des pôles d’innovation complémentaires. Si la métropole nord-américaine a suscité une fascination pour la machine, la vitesse et la modernité industrielle, la capitale catalane est devenue, au cœur de la Première Guerre mondiale, un refuge pour les artistes et intellectuels européens. Dans ce contexte d’exil et de rencontre, Picabia a promu un discours profondément critique des conventions artistiques, synthétisé dans l’attitude « anti-peinture » qui caractérise les pages de 391 .

  • Marcel Duchamp, Neuf moules maliques, 1914-15 / 1938-39, avec l'aimable autorisation de la Galerie Dina Vierny. Crédit photo : Galerie Dina Vierny.

Mais l’exposition, visible du 27 juin au 29 novembre, met également en lumière une autre dimension, souvent moins explorée : l’influence de la culture ibérique sur ces créateurs cosmopolites. Danseurs, musiciens, toreros et figures féminines en mantille apparaissent comme des motifs récurrents, témoignant d’une appropriation – tantôt fascinée, tantôt idéalisée – de l’imaginaire espagnol. Plus qu’un simple exotisme, ces représentations révèlent la capacité des cultures périphériques à nourrir de nouvelles formes d’expérimentation visuelle dans un contexte de transformation accélérée.

Parmi des peintures, des dessins, des sculptures, des photographies, des revues et des documents d'archives, dont certains sont présentés pour la première fois en France, Picabia, Méditerranée offre un panorama exceptionnel des tensions, des contradictions et des échanges qui ont façonné l'art du premier tiers du XXe siècle. L'exposition non seulement réhabilite la figure de Picabia, mais interroge aussi les géographies traditionnelles de la modernité, rappelant que les avant-gardes étaient le fruit d'une circulation constante d'idées, de personnes et d'imaginaires entre les deux rives de l'Atlantique et de la Méditerranée.

  • Serge Charchoune, Cubisme ornemental (Cubisme ornemental), 1916, collection Eric Fitoussi. Crédit photo : Jean-Louis Losi © Adagp, Paris, 2026.

Avec le soutien d'institutions de renom telles que le musée de l'Orangerie, le Centre Pompidou, les musées Picasso de Paris et de Barcelone, le musée Reina Sofía et le musée Thyssen-Bornemisza, cette exposition, labellisée « Exposition d'intérêt national », s'impose comme un événement incontournable de la saison. Elle offre l'opportunité de redécouvrir l'avant-garde sous un angle plus complexe et pluriel, en lien étroit avec les mouvements culturels qui ont façonné le monde contemporain.

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