Au Centre culturel de La Mercè, du 4 juin au 30 juillet, est présentée Image d'un secret , une exposition conçue par Eudald Camps qui propose un voyage inhabituel : plutôt que de regarder en arrière, elle nous invite à observer comment le temps se chevauche et se réécrit dans l'œuvre de Francesc Ruestes.
Il ne s'agit pas d'une rétrospective classique, mais d'un espace de tension vivante entre des étapes créatives qui peuvent sembler éloignées au premier abord, mais qui dialoguent ici naturellement. Dans ce champ, passé et présent ne s'opposent pas : ils convergent, se reconnaissent et se transforment.
Ruestes, formé comme disciple de Josep Granyer et lié au milieu artistique qui le relie à des figures telles que Salvador Dalí, Joan Brossa et Joan Ponç, construit une œuvre qui échappe à toute classification rigide. Loin de la tentation des « ismes », sa carrière défend une continuité interne, une cohérence qui perdure au-delà des étiquettes historiographiques.

Eva Cobo. Preuves géologiques, 1985. Francesc Ruestes.
En ce sens, sa pratique peut être comprise comme une sorte de déconstruction autobiographique : un exercice où différents moments essentiels et formels se réunissent, comme s’ils se reconnaissaient après un long silence. Ce qui pourrait sembler une dispersion se révèle en réalité comme une même voix qui change de registre sans perdre son identité.
L’œuvre de Rueste s’inscrit dans une quête permanente des grandes questions de l’art et de la pensée : qui sommes-nous, où sommes-nous et où allons-nous ? Mais cette question n’est pas formulée d’un point de vue solennel, mais à partir d’une exploration formelle rigoureuse qui recherche de nouvelles syntaxes visuelles, capables – selon les mots de Foix – de nous ouvrir les portes de la nature.

Image d'un secret, 2001. Francesc Ruestes.
Dans l’univers de l’artiste, cette nature n’est jamais univoque. Elle est multiforme, composée de multiples strates conceptuelles et sensibles qui oscillent entre abstraction – la limite, l’infini – et concrétisation la plus poétique. Une nature qui ne décrit pas, mais propose plutôt des lectures, des déplacements et des brèches.
L’exposition dialogue également avec une tradition plus large, transcendant les disciplines et les frontières géographiques. De la sculpture murale à des références telles qu’Eva Hesse, Robert Rauschenberg, Daniel Spoerri ou Sheila Hicks, Ruestes manifeste une volonté manifeste de dépasser les frontières entre les langages artistiques, élargissant ainsi les limites de notre compréhension de la sculpture et de la peinture.
Dans ce contexte, l’exposition devient un exercice de réconciliation temporelle. La mise en dialogue d’œuvres « anciennes » et « récentes » dissout la vieille querelle entre ancien et moderne et interroge la nécessité de scinder la création en périodes étanches. Comme si l’historiographie, obsédée par les chronologies, avait oublié que les artistes ne se transforment pas à chaque étiquette.

Espace onirique, 2025. Francesc Ruestes.