À la Fondation Casa de México en Espagne, l'installation « Black Cloud » de l'artiste mexicain Carlos Amorales est exposée jusqu'au 13 septembre. Comptant parmi ses œuvres les plus marquantes et emblématiques de l'art contemporain international, elle transforme l'espace d'exposition en un environnement immersif où la perception du visiteur est bouleversée par l'accumulation, la répétition et la suggestion d'un mouvement constant.
L'installation se compose de dizaines de milliers de papillons découpés dans du papier noir — environ 25 000 à 30 000 pièces — appartenant à quelque 300 espèces différentes. Chaque élément a été réalisé et placé à la main avec précision, recouvrant murs, plafonds et angles pour créer une impression d'expansion organique, comme si le bâtiment lui-même avait été envahi par un phénomène naturel en pleine floraison.
Il en résulte une expérience visuelle oscillant entre l'hypnotique et le troublant. Bien que la composition évoque l'idée d'une épidémie mouvante, son agencement obéit à un système rigoureusement structuré, fondé sur des lignes qui s'étendent et se multiplient. Cette tension entre le chaotique et le maîtrisé est l'un des concepts fondamentaux de l'œuvre.

Présentée pour la première fois en 2007 et exposée depuis dans diverses institutions internationales, Black Cloud est devenue une œuvre majeure dans la carrière de l'artiste. Son échelle variable — pouvant atteindre jusqu'à 30 000 figures individuelles — renforce l'idée de collectivité et d'accumulation comme langage visuel, où la répétition devient une forme de narration.
Carlos Amorales est connu pour avoir développé un langage visuel fondé sur des systèmes de signes, de silhouettes et de motifs répétés et transformés. Sa pratique englobe des disciplines telles que l'animation, le dessin, le collage, l'installation et la performance, articulées à travers ses propres archives visuelles – comme ses « archives liquides » – qu'il réorganise constamment.
Cette méthode lui permet de questionner des notions fondamentales telles que l'identité, la paternité de l'œuvre et la stabilité de l'image. Son travail explore aussi de manière récurrente des thèmes comme la violence symbolique, le chaos et la construction culturelle du sens, toujours sous une tension entre rigueur conceptuelle et puissance visuelle.
Dans le cas de Black Cloud, cette recherche se traduit par une expérience où la beauté côtoie le malaise. Les figures, délicates dans leur individualité mais imposantes dans leur ensemble, génèrent un effet ambigu, oscillant entre séduction et répulsion. Le spectateur est ainsi confronté à un espace non seulement observé mais habité, qui invite à reconsidérer ses idées préconçues sur la beauté, la nature et l'artifice.