Can Framis, le musée de la Fondation Vila Casas situé dans le quartier de Poblenou à Barcelone, accueille « Un gran fracàs » , la nouvelle exposition consacrée à l'œuvre de Gonçal Sobrer, visible jusqu'au 31 mai. Sous le commissariat de Pere Pedrals, l'exposition rassemble près de deux cents œuvres — dont beaucoup sont inédites — et propose un parcours à travers la trajectoire vitale et artistique d'un créateur qui a fait du risque, de la liberté et de la possibilité d'échec une manière d'appréhender l'art et la vie.
Quinze ans après l'exposition consacrée à Sobrer au Centre civique Can Felipa, cette nouvelle proposition renforce le lien entre l'artiste et le quartier qui a profondément marqué sa vision. L'exposition revisite plus de six décennies de création, des années soixante à nos jours, inscrivant l'œuvre de Sobrer dans le dialogue avec l'histoire sociale et culturelle de Poblenou, un territoire populaire et résilient, partie intégrante de l'histoire de la ville.

Christ (Seigneur Dieu : pardonne-moi car je ne sais pas quoi faire. Merci !), 1963.
L'échec comme attitude face à la vie
Un grand échec part d'un concept central : l'idée que l'échec est une possibilité d'émancipation. Chez Sobrer, l'échec n'est pas une défaite, mais une option radicalement libre, une manière d'accepter les tournants inattendus de la vie et de l'art. C'est cette attitude vitale qui a permis à l'artiste de dénoncer, avec une lucidité incisive, l'échec collectif de la société contemporaine.
Sa peinture se caractérise par un expressionnisme délibérément déstructuré et anti-académique. Sobrer construit un univers peuplé de personnages grotesques, de scènes du quotidien et de références à la culture populaire. Cet imaginaire, souvent ironique et provocateur, donne ses lettres de noblesse à l'art populaire et dialogue avec ce qu'il définit lui-même comme l'art xava : un regard à la fois critique et poétique sur la réalité urbaine de Barcelone et, plus particulièrement, de Poblenou.
De la peinture corporelle festive
L'exposition retrace également plusieurs épisodes clés de la carrière de Sobrer. L'artiste porte son regard sur la figure symbolique de la vache javanaise , un élément récurrent de son univers iconographique. Entre ces épisodes, apparaissent des moments décisifs : son association avec le groupe des chapiteaux, les peintures souvenirs, la période du domaine viticole de La Bohême ou encore le projet de retable destiné à orner le temple expiatoire de la Sagrada Família.

Proposition de retable pour décorer le temple expiatoire de la Sagrada Família à Barcelone, 1999-2005.
Dans cette démarche, Sobrer fait progressivement évoluer l'art du support pictural vers d'autres formes d'expression. Le corps festif, l'intervention dans l'espace et l'expérimentation avec l'objet deviennent des outils créatifs qui repoussent les limites du langage pictural. Ce n'est pas un hasard si l'artiste est également resté dans les mémoires pour avoir organisé le premier happening en Catalogne, un geste pionnier sur la scène artistique catalane.
Un voyage vital et créatif
L’exposition Can Framis à la Fondation Vila Casas retrace ainsi le parcours d’une vie marquée par la création et la liberté. De ses débuts comme jeune homme dans le monde de la pâtisserie à Can Barea à ses études aux Beaux-Arts — où il côtoya des figures telles que Pilarín Bayés, Eduard Arranz-Bravo ou Rafael Bartolozzi —, le parcours de Sobrer témoigne d’une conception singulière de l’art.

Sans titre, vers 1975.
Sa biographie traverse des lieux aussi divers que l'Hôtel Romantic, un espace d'expérimentations créatives, et se poursuit par une série d'expositions, d'installations, de films et de happenings qui confirment son esprit expérimental. À toutes ces étapes, Sobrer maintient une pratique artistique radicalement personnelle, loin des conventions et fidèle à une conception de l'art comme acte de liberté.

La fontaine Santet (au Maneken Pis à Poble Nou), 2022.