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Des expositions

Entre temps et paysage : l’univers stratifié de Canepa à l’IVAM

Couleurs, mythologies et traditions populaires convergent dans une installation qui explore le passé, le présent et l'avenir.

Exposició Andrea Canepa © Juan García - IVAM.
Entre temps et paysage : l’univers stratifié de Canepa à l’IVAM
bonart valence - 29/12/25

Le projet « Entre les profondeurs et l’horizon lointain », créé spécialement pour l’IVAM par Andrea Canepa, s’inspire du livre « Le Sortilège du sensible » de David Abram. S’appuyant sur la philosophie phénoménologique et diverses visions du monde autochtones, Abram propose que le temps ne soit pas linéaire, mais inscrit dans le paysage : passé et futur coexistent dans le présent et possèdent une localisation spatiale. Le passé est enfoui, accumulé dans des couches de terre, des anneaux coralliens ou des zones ancestrales du cerveau, et il nourrit le présent. Le futur, quant à lui, se profile à l’horizon, tel un seuil qui s’éloigne à mesure que nous l’approchons.

  • Exposition Andrea Canepa © Juan García - IVAM.

« L’exposition explore la manière dont le temps s’inscrit dans le paysage [...] Tout est organisé en strates : les sédiments du sol se reflètent sur les murs, des sculptures font référence aux cernes des arbres qui entourent tout l’espace de la galerie, et le visiteur peut circuler entre elles », a expliqué Canepa lors de la présentation de l’exposition.

S’appuyant sur cette approche, et visible jusqu’au 12 avril, l’installation du rez-de-chaussée invite le visiteur à explorer les formes invisibles du passé inscrites dans l’espace. L’œuvre génère un sentiment d’intériorité – grotte, terre, corps, monde souterrain ou matrice – et agence les éléments de manière enveloppante, permettant un voyage entre des strates évoquant les cernes d’un arbre ou les replis d’une grotte. Au centre, la présence d’un serpent mythique est suggérée, créature ancestrale qui hante l’imaginaire souterrain de diverses cultures.

À l'étage, une ligne métallique court le long du périmètre de la pièce, évoquant l'horizon, et est interrompue par des sculptures qui en modifient la disposition. Cette intervention rappelle le système monétaire du monde andin précolombien, un réseau de lignes sacrées reliant le centre-ville aux huacas – lieux sacrés – et marquant les moments clés du calendrier inca. Les sculptures qui interrompent la ligne fonctionnent ainsi comme des repères temporels, rappelant le lien intrinsèque entre espace et temporalité.

Les deux installations sont reliées par l'escalier, dont la montée devient un seuil symbolique : un passage d'un état à un autre. Cet axe vertical opère une rupture dans la continuité, un « maintenant » qui transcende les différents plans temporels. Entre lo profundo y lo distante propose ainsi une réflexion sur l'enracinement du temps dans le paysage et sur la nature, par essence, temporelle de toute géographie.

Canepa donne forme à ces « espaces de confluence symbolique où dialoguent mythologie classique et cosmologies andines indigènes », précise Blanca De la Torre, une approche construite, précisément, sur la base de strates. La première, non moins pertinente, part d’une expérience esthétique où couleurs vives et figures géométriques rythment une pièce suggestive qui semble peuplée de pièces de jouets.

L'utilisation de la couleur n'est pas fortuite ; elle repose sur une idée forte : « Le plaisir est politique. » C'est l'une des leçons que l'artiste a apprises lors d'une résidence à Porto Rico, un message qui guide encore aujourd'hui sa pratique. « Normalement, ce qui est académique et sérieux se doit d'être en noir et blanc, élégant ; je pense que l'utilisation de la couleur est une façon de remettre en question cette idée […] Se réapproprier les traditions et le fait qu'elles soient populaires est tout à fait légitime et constitue, en même temps, une forme de résistance. »

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