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Des expositions

Joan Verdú, la pop comme terrain de jeu

L’exposition « Life in Dailyland » fait redécouvrir au Centre Carme l’univers irrévérencieux de l’un des artistes valenciens les plus singuliers de ces dernières décennies, avec plus de 160 œuvres et trois séries inédites.

Joan Verdú, la pop comme terrain de jeu
bonart valence - 08/10/26

Entrer dans « Life in Dailyland », c’est pénétrer dans un monde où la culture populaire, la publicité et les objets du quotidien se métamorphosent en matière artistique. Le Centre Carme transforme la Sala Carlos Pérez en l’univers imaginaire de Joan Verdú (Alzira, 1959 – Alginet, 2017), un monde foisonnant de panneaux publicitaires, de produits commerciaux, de vitrines, de personnages, d’objets et de signes empruntés à la vie de tous les jours. Un paysage en apparence familier que l’artiste soumet à un regard ironique, acide et irrévérencieux.

Verdú se définissait lui-même comme « fils de la pop » et « petit-fils du surréalisme », deux généalogies qui permettent de comprendre une œuvre marquée par une fascination pour les codes de la culture de masse et, simultanément, par la volonté de les subvertir. Son Dailyland est précisément cela : un lieu imaginaire construit à partir des images qui nous entourent, mais altérées, déplacées et chargées de significations nouvelles.

L'exposition, dont le commissariat est assuré par Tomás Verdú, rassemble plus de 160 œuvres et constitue la plus importante rétrospective consacrée à l'artiste depuis sa disparition. Le projet retrace une carrière prolifique où pop art, surréalisme, humour et culture populaire coexistent au sein d'un symbolisme unique. Outre la présentation de certaines de ses séries les plus connues, l'exposition intègre trois ensembles inédits : Conills (2013), Los Blues alegres (2002-2003) et Imágenes confusas (2003).

Pour Verdú, la culture populaire n'était pas seulement une source d'inspiration, mais la matière même avec laquelle il construisait une grande partie de son langage. Publicité, marques, bandes dessinées, télévision, cinéma, personnages et objets de consommation apparaissent de façon récurrente dans son œuvre. L'artiste s'emparait de ces signes, déjà intégrés à l'imaginaire collectif, et les soumettait à une opération de déplacement qui interrogeait leur signification originelle.

Dans ce processus, la publicité a acquis une nouvelle dimension. Ce qui avait été conçu pour vendre, séduire ou susciter un désir est devenu un jeu visuel où l'humour et l'ironie permettaient de mettre en lumière les mécanismes de la société de consommation. Un grand mur, conçu presque comme un Times Square de Dailyland, concentre une grande partie de cet esprit : une accumulation d'images, de messages et de références qui fonctionne à la fois comme une vitrine, un collage et un artefact critique.

Mais l’univers de Verdú ne se limite pas à la parodie. Ses œuvres révèlent aussi une véritable fascination pour les images qui font partie de notre quotidien. Sa démarche artistique consiste à les regarder d’un œil neuf, à les extraire de leur contexte et à les mettre en relation avec d’autres éléments. C’est dans ce déplacement qu’apparaît une autre lecture possible de ce que nous considérons comme familier.

Même les trous noirs caractéristiques qui apparaissent dans nombre de ses œuvres fonctionnent comme des portails vers cet univers. Ils constituent des interruptions dans une réalité saturée d'images, des espaces ouverts sur l'inconnu qui invitent le spectateur à imaginer ce qui pourrait se trouver au-delà. Une invitation à traverser la surface de Dailyland et à découvrir que, derrière l'humour, se cache un regard particulièrement lucide sur le monde contemporain.

L'exposition « Life in Dailyland » redonne ainsi à la figure d'un artiste fondamental la place centrale dans la compréhension des liens entre l'art contemporain valencien et la culture populaire. Une œuvre ludique, d'apparence légère et foisonnante de références reconnaissables, qui, sous cette surface enjouée, soulève une question lancinante : que se passe-t-il lorsque les images que nous consommons quotidiennement cessent de remplir la fonction pour laquelle elles ont été créées et commencent à nous observer ?

L'exposition sera visible au Centre Carme du 7 octobre 2026 au 17 janvier 2027.

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