L’Espai Isern Dalmau de Barcelone, géré par la Fondation Lluís Coromina Isern, s’apprête à accueillir l’une des expositions phares de la dernière ligne droite de la saison artistique 2026. Jeudi 3 septembre à 19h, il inaugurera « Le Corps des corps » , une proposition de l’artiste colombien Leonel Castañeda Galeano, sous le commissariat de Fernando Cuevas Ulitzsch, qui fait du corps un territoire ouvert à la mémoire, au désir, à la maladie, au soin et à la transformation.
Castañeda Galeano construit un univers où le corps apparaît fragmenté, vulnérable, ambigu et en perpétuelle transformation. Ses œuvres prennent pour point de départ des fragments de corps, des dispositifs médicaux et des objets marqués par leur usage qui, disposés dans des vitrines, acquièrent de nouvelles interprétations et deviennent des présences capables de s'adresser directement au spectateur.
La proposition s'intéresse donc à ce qui est généralement laissé de côté : les corps qui ne correspondent pas aux normes établies, les expériences de fragilité et de dépendance, et ces formes de corporéité qui suscitent souvent à la fois attraction et rejet. Dans cet espace d'ambivalence, l'artiste interroge notre regard sur la différence et notre compréhension de celle-ci.
Entre ce qui est visible et ce que nous préférons ne pas regarder
La pratique artistique de Castañeda Galeano se nourrit de nombreuses rencontres entre des éléments d'origines diverses. Objets, fragments, artefacts du quotidien et dispositifs associés au monde médical se côtoient au sein d'un même univers et, lorsqu'ils entrent en relation, ils abandonnent leur fonction première pour devenir des symboles chargés de significations nouvelles.
Cette accumulation d'éléments sans lien apparent engendre un réseau de connexions qui s'éloigne d'une lecture narrative, linéaire ou univoque. Les œuvres ne proposent pas d'interprétation figée, mais ouvrent plutôt de multiples possibilités de rapprochement entre les formes, les matériaux et les associations qu'elles suscitent chez le spectateur.
Il en résulte un territoire artistique situé entre l'intime et le troublant, entre la science et le désir, entre ce que nous considérons comme juste et injuste, entre ce que nous voulons voir et ce que nous préférons habituellement cacher.

Quand l'art, la science et le désir se rencontrent
L'une des caractéristiques les plus singulières de l'œuvre de cet artiste colombien réside précisément dans sa capacité à brouiller les frontières entre disciplines et imaginaires. L'accumulation d'objets du quotidien, de restes corporels et d'artefacts liés à la médecine établit des liens inattendus entre art, science et pornographie, créant un espace empreint de tensions.
Dans ce jeu d'associations, surgissent des concepts tels que le grotesque et l'invisible, la répulsion et l'attraction, la vulnérabilité et le désir. Castañeda Galeano ne cherche pas à résoudre ces contradictions, mais plutôt à les rendre visibles et à en faire un outil pour interroger les catégories qui nous servent à ordonner l'expérience humaine.
Le concept de « corps des corps » propose de considérer le corps sous un autre angle. Non pas comme une structure parfaite ni comme une identité figée, mais comme un espace traversé d’expériences, de souvenirs, de dépendances et de transformations. Un corps qui est aussi d’autres corps et qui, dans sa fragilité, peut devenir un lieu de rencontre avec l’autre.