La ligne de chemin de fer reliant Dakar à l'intérieur de l'Afrique de l'Ouest a joué un rôle déterminant dans l'histoire de la région, tant sur le plan économique que culturel. Dans son roman « Les Morceaux de bois de Dieu », publié en 1960, Ousmane Sembène relate l'une des luttes ouvrières les plus importantes de l'Afrique-Occidentale française, qui s'est déroulée entre 1947 et 1948. Ce roman, paru la même année que l'indépendance du Sénégal et du Mali, met en scène son combat contre les hiérarchies coloniales qui séparaient Européens et Africains.
La ligne de chemin de fer, dont la section orientale fut achevée en 1904 et qui ouvrit la liaison entre Kayes et Dakar en 1924, devint un symbole de la lutte pour l'égalité et l'unité entre les communautés. Sembène utilise ce moyen de transport non seulement comme toile de fond, mais aussi comme un outil pour relier différentes cultures et luttes sociales. Son récit dépasse la simple description d'un conflit ouvrier en abordant des thèmes plus vastes tels que la justice sociale et l'identité.
Jacques Majorelle, peintre français ayant parcouru l'Afrique de l'Ouest, a su capturer l'essence de la région dans ses œuvres. Lors de son voyage en 1945, il réalisa le portrait d'un homme Kayes, témoignant non seulement de son talent artistique, mais aussi de son profond attachement à la terre et à la culture africaine. Ce portrait, représentant un homme coiffé d'un chapeau de fibres peul, évoque les traditions et l'identité culturelle de la région, tout en nous rappelant la complexité des relations coloniales.
Malgré leurs perspectives différentes, Sembène et Majorelle offrent tous deux des analyses profondes de la vie en Afrique de l'Ouest durant une période de profonds bouleversements. Le chemin de fer, en tant qu'infrastructure coloniale, devient un symbole des tensions entre l'autoritarisme colonial et les aspirations des Africains à la liberté et à l'égalité. Leurs œuvres nous invitent à réfléchir à l'importance de l'histoire et de la culture dans la construction de l'identité contemporaine.
Ce croisement entre l'art et la littérature, ainsi que son lien avec le chemin de fer Dakar-Niger, nous rappelle que l'histoire n'est pas seulement un récit du passé, mais un élément vivant qui continue d'influencer nos vies aujourd'hui.