Au domaine de Sa Bassa Blanca, à Alcúdia, l'art est présenté d'une manière qui défie les classifications habituelles. Parmi les salles du musée de Sa Bassa Blanca, la Sala Sokrates propose une expérience où les œuvres ne sont pas organisées selon l'ordre chronologique ou l'origine géographique, mais plutôt en fonction des liens qui peuvent être établis entre elles.
L'espace est conçu comme une œuvre d'art totale (Gesamtkunstwerk), un cabinet de curiosités contemporain. Ici, l'intérêt réside moins dans l'accumulation d'objets que dans la relation qui se tisse entre chacun des éléments qui composent l'ensemble. Peintures, sculptures, objets et pièces d'origines diverses partagent une même scène et contribuent à une expérience conçue comme un tout.
L'histoire de ce projet est étroitement liée à la Fondation Yannick et Ben Jakober, créée en 1993 à l'initiative des artistes et collectionneurs Yannick Vu et Ben Jakober, en collaboration avec le philanthrope Georges Coulon Karlweis. La même année, une ancienne citerne souterraine du domaine de Sa Bassa Blanca fut réhabilitée pour abriter une collection unique de portraits d'enfants datant du XVIe au XIXe siècle, connue sous le nom de Collection Nins.
Au fil du temps, ce projet culturel a élargi ses perspectives et a transformé Sa Bassa Blanca en un espace où la création contemporaine dialogue avec des œuvres et des objets issus de différentes époques de l'histoire.
Dans Sokrates, les œuvres ne suivent aucune chronologie et ne répondent à aucune classification stricte par culture ou territoire. Le critère est plus intuitif et associatif : formes, matériaux, couleurs, gestes et concepts tissent des liens entre des œuvres apparemment éloignées. Cette disposition engendre un récit ouvert où chaque œuvre peut en invoquer une autre. Une sculpture peut trouver son pendant dans un objet issu d’une culture lointaine, tandis qu’une forme ou une texture peut servir de lien entre des créations séparées par des siècles.
Il en résulte un parcours qui invite le visiteur à contempler sereinement et à tisser ses propres liens. Les œuvres se répondent, se reflètent et entrent en tension, créant un récit visuel qui mêle dimensions esthétiques et symboliques.
Sokrates propose une expérience fondée sur la contemplation active, la pensée associative et la découverte. Le visiteur cesse d'être un simple spectateur et devient partie intégrante d'un espace qui célèbre la diversité des cultures et des formes artistiques comme une possible expression de l'unité.
L'un des principaux attraits de cet espace est la présence de Juke Blue , de l'artiste américain James Turrell, installée à l'Espai Sokrates depuis le printemps 2017. L'œuvre s'intègre à cet univers muséal particulier et renforce l'une des idées fondamentales du projet : la capacité de l'art à transformer la perception de l'espace et à modifier la façon dont le visiteur observe et vit le monde.

Turrell, figure emblématique de l'art contemporain international, a consacré une grande partie de sa carrière à l'étude de la lumière, de la couleur et de la perception. Dans « Juke Blue », cette recherche se traduit par une expérience immersive qui invite à dépasser le simple coup d'œil et à entrer dans un état de contemplation.
L'installation offre ainsi une pause au sein de la visite et place le visiteur face à une expérience où la lumière cesse d'être un simple élément d'architecture pour acquérir une présence propre.
La singularité de Sokrates réside précisément dans cette capacité à combiner des éléments, des époques et des sensibilités sans imposer d'interprétation unique. L'espace fonctionne comme un organisme où chaque élément prend sens en relation avec les autres.
Dans ce contexte, le musée Sa Bassa Blanca élargit son statut de musée pour devenir également un territoire de contemplation et de découverte, où l'art est perçu à travers les relations établies par les œuvres et le regard particulier de chaque visiteur.