La peinture de Miquel Torner de Semir naît d'un dialogue constant entre les époques. Dans son œuvre coexistent l'héritage roman et gothique, la lumière et la structure de la Renaissance italienne, ainsi que la recherche plastique de l'art informel et de l'abstraction du XXe siècle. Cette confluence a permis à l'artiste de construire, au fil des décennies, un langage figuratif qui lui est propre, reconnaissable et profondément ancré dans la tradition méditerranéenne.
Né à Santa Pau, dans la province de Gérone, en 1938, et installé à Palamós, Torner de Semir a étudié à l'École supérieure des beaux-arts de Sant Jordi à Barcelone et à l'École de Sant Ferran à Madrid. Dès ses débuts, son œuvre a été marquée par le désir d'explorer les possibilités de la peinture sans renier l'héritage des grands maîtres du passé.

Cette vision de l'histoire coexiste avec l'influence de la scène artistique catalane d'après-guerre. Torner de Semir a entretenu des liens avec le groupe Dau al Set et avec des artistes tels qu'Antoni Tàpies, Joan-Josep Tharrats et Modest Cuixart, figures fondamentales du renouveau de l'art catalan dans la seconde moitié du XXe siècle. Cependant, son parcours ne se rattache pas strictement à un seul mouvement, mais occupe une place à part, caractérisée par sa capacité à assimiler des influences diverses et à les transformer en une proposition personnelle.
Sa peinture s'inscrit ainsi dans un courant d'artistes catalans qui ont cherché à renouveler la figuration sans rompre totalement avec la tradition. Chez lui, le passé n'apparaît pas comme un répertoire de formes à retrouver, mais comme une mémoire vivante susceptible d'être réinterprétée par le contemporain. Les influences romanes, gothiques et Renaissance se mêlent à une sensibilité moderne, particulièrement attentive à la couleur, à la matière et à la dimension symbolique des images.
Le rayonnement de son œuvre dépasse largement les frontières de la Catalogne. Tout au long de sa carrière, il a exposé à Madrid, à Paris – où il a présenté des œuvres au Grand Palais – et dans différents pays européens, ainsi qu'aux États-Unis et au Japon. Ses pièces figurent dans plusieurs musées et collections privées, confirmant ainsi son parcours international.
Parmi les épisodes les plus singuliers de sa carrière figure le catalogage de son œuvre par la Monnaie royale à l'occasion du 25e anniversaire de la Constitution espagnole. L'une de ses créations a également été reproduite sur un timbre-poste, une distinction rare pour un artiste contemporain.

Torner de Semir a souvent revendiqué la figure du peintre comme un trait d'union entre différentes époques de l'histoire de l'art. Son œuvre prend racine dans l'Antiquité, mais ne s'y complaît pas. Elle témoigne d'une volonté constante de poursuivre la recherche, d'intégrer de nouvelles influences et de maintenir la peinture ouverte aux possibilités du présent.
En ce sens, son œuvre peut être perçue comme une figuration méditerranéenne aux racines humanistes, où se mêlent mémoire historique, couleur et spiritualité visuelle. Il ne s'agit pas d'une peinture subversive au sens des avant-gardes radicales, mais d'une proposition cohérente et personnelle qui a su trouver sa place au sein de l'art catalan contemporain.
Cette trajectoire sera au cœur de la prochaine exposition de Monalisi, qui présentera une sélection d'une trentaine d'œuvres de l'artiste. Ouverte au public du 3 septembre au 24 octobre 2026, l'exposition permettra aux visiteurs de suivre les constantes d'une peinture construite sur la rencontre entre passé et présent, tradition et expérimentation.