Le Centre d'Artesania Catalunya accueille jusqu'au 13 septembre l'exposition « Sine Die » , consacrée à l'œuvre de Luca Freschi (Forlimpopoli, Italie, 1982), l'une des voix les plus singulières de la sculpture contemporaine liée à la céramique et à la terre cuite. Sous le commissariat d'Isaac Candelario, l'exposition propose une immersion dans un univers artistique où le temps, la mémoire et la persistance des objets deviennent les axes centraux d'une démarche oscillant entre archéologie, fiction et réminiscence.
Le titre de l’exposition, Sine Die – expression latine signifiant « sans date précise » – évoque d’emblée une temporalité ouverte, indéfinie et suspendue, une idée qui imprègne toute l’œuvre de Freschi. À travers la terre cuite et la céramique émaillée, l’artiste construit des sculptures, des assemblages et de vastes pavements qui semblent émerger d’un temps imprécis, comme des vestiges d’une civilisation disparue ou des fragments d’une mémoire collective encore en cours de sédimentation.
L’œuvre de Freschi part souvent d’éléments parfaitement reconnaissables – jarres, fragments anatomiques, fruits, outils ou vestiges architecturaux – qu’il reproduit à l’aide de moules puis réorganise en compositions denses, stratifiées et symboliques. Son geste n’est cependant pas celui d’un archéologue documentant le passé avec un souci de fidélité, mais celui d’un créateur le réinventant. Dans ce processus, les objets cessent d’être de simples vestiges matériels et deviennent les traces d’expériences possibles, de cultures imaginées et de mémoires latentes.
Cette dimension fait de Freschi une sorte de « collectionneur de temps ». Ses œuvres fonctionnent comme des capsules de mémoire capables de retenir l'éphémère avant qu'il ne disparaisse, préservant ainsi sa fragilité et sa charge émotionnelle. En ce sens, sa pratique dialogue avec la conception proustienne de la mémoire : tout comme dans À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, les objets du quotidien deviennent des déclencheurs d'évocations, d'émotions et de souvenirs enfouis.
Entre références à la tradition classique, écho des vanités baroques et une sensibilité résolument contemporaine, Luca Freschi construit un univers visuel où passé et présent coexistent sans cesse. Ses œuvres s’adressent moins à la nostalgie qu’à la nécessité de conserver des fragments de mémoire face à l’inéluctable érosion du temps. Sine Die se présente ainsi comme une réflexion poétique sur ce qui perdure, sur ce qui subsiste quand tout semble voué à disparaître.
L'exposition est visible au Centre des métiers d'art de Catalogne jusqu'au 13 septembre.