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Des expositions

Le fil comme mémoire : la réhabilitation de l'art textile à l'époque contemporaine

Le fil comme mémoire : la réhabilitation de l'art textile à l'époque contemporaine
bonart madrid - 03/05/26

Ces dernières années, l'art textile est passé d'une position marginale à une place centrale dans le paysage artistique contemporain. Des institutions telles que le Musée national centre d'art Reina Sofía (MNCARS) et le Musée d'art contemporain de Barcelone ont joué un rôle déterminant dans cette reconnaissance, notamment grâce à l'exposition majeure consacrée à Aurelia Muñoz. Parallèlement, la Galerie José de la Mano fait revivre l'œuvre d'Ester Chacón Ávila sous le titre « Créatures textiles », poursuivant ainsi un travail de réinterprétation historique qui met en lumière des parcours artistiques oubliés.

Née à Santiago du Chili en 1936, Iris Chacón a mené sa carrière entre New York dans les années 1960 et Paris à partir de la décennie suivante. Son approche de l'art textile, autodidacte, se traduit par une pratique profondément intuitive. Ses premières œuvres, qu'elle nommait elle-même « structures », émergent d'un geste direct : des nœuds réalisés sans croquis préalables, comme si chaque pièce répondait à un langage organique, imprévisible et presque ludique.

Son œuvre est marquée par le contexte de la dictature instaurée après le coup d'État de 1973 au Chili, qui porta Pinochet au pouvoir. Comme beaucoup d'artistes chiliens de sa génération, il a subi les conséquences de l'effondrement de la démocratie, de la répression et de l'exil – et, dans son cas, a mené une grande partie de sa carrière en Europe.

Ce contexte transparaît particulièrement dans des œuvres comme Epitaph (1974), où le langage textile devient une forme de deuil et de protestation. Ses œuvres des années 1970 et 1980 ne constituent pas une propagande explicite, mais elles recèlent une charge politique indéniable : elles évoquent la perte, la mémoire, la violence et le déracinement. En ce sens, elles constituent une réponse artistique au climat engendré par la dictature de Pinochet.

De plus, certaines de ses œuvres ont été interprétées – et utilisées lors d'expositions ultérieures – comme des symboles de la situation politique chilienne de l'époque. Son travail s'inscrit dans un courant plus large d'artistes latino-américains qui, depuis l'exil ou la distance, ont développé des discours critiques contre les régimes autoritaires.

L'univers créatif de Chacón se construit à partir de matériaux humbles – raphia, chanvre, laine, sisal ou coton – métamorphosés en volumes d'une grande force expressive. Entre ses mains, le nouage transcende la simple technique pour devenir un processus narratif. Chaque fibre entrelacée semble receler mémoire, pensée et émotion, évoquant une tradition ancestrale où les fils servaient à consigner des histoires, à l'instar des quipus andins.

Cet intérêt pour « l’art du nouage » a conduit l’artiste à mener des recherches dans les musées ethnographiques et anthropologiques parisiens, où elle a étudié les masques polynésiens, les tissages orientaux et les systèmes textiles symboliques. Forte de ces influences, Chacón a transcendé le domaine du macramé artisanal pour inscrire son œuvre dans le champ de l’art contemporain, élargissant ainsi les possibilités expressives du textile.

L'exposition actuelle réunit huit œuvres grand format créées entre 1974 et 1988, période particulièrement marquante tant dans l'évolution de son langage artistique que dans le contexte politique qui a façonné son travail. Dans ces pièces, le textile devient un espace de résistance et de réflexion. Des thèmes tels que la féminité, la maternité et le déracinement imprègnent son œuvre, offrant une lecture critique du présent à travers une sensibilité intime et matérielle. Les formes, suspendues entre l'organique et le symbolique, invitent le spectateur à un dialogue oscillant entre le personnel et le collectif.

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