Barcelone se retrouve une fois de plus au cœur de la réflexion architecturale mondiale. Trente ans après le Congrès de 1996, la ville reprend le fil de ce moment fondateur pour se projeter dans l'avenir avec une proposition qui dépasse les limites du format traditionnel. Dans le cadre d'une année symbolique – marquée par la capitale mondiale de l'architecture, l'Année Gaudí et l'Année Cerdà –, le Congrès mondial des architectes se présente comme une invitation à repenser le rôle de l'architecture dans une planète en pleine mutation.
Sous le thème « Devenir. Architectures pour une planète en transition » , Barcelone accueillera, du 28 juin au 2 juillet, plus de 10 000 participants et 250 intervenants venus de plus de 130 pays. Bien plus qu’un simple événement professionnel, le congrès se déploie comme une expérience urbaine et collective, avec plus de 100 sessions, une grande exposition centrale et une soixantaine de parcours reliant les débats au territoire.
L’architecture ne peut plus être perçue comme une œuvre achevée, mais comme un processus ouvert : construire, adapter, transformer. Dans un monde déchiré par la crise du logement, l’urgence climatique et le besoin, souvent oublié, de beauté, les grandes villes deviennent des laboratoires vivants où tout est constamment remis en question.

Les commissaires sont : Pau Bajet, Mariona Benedito, Maria Giramé, Tomeu Ramis, Pau Sarquella et Carmen Torres.
Ce « devenir » invite à une architecture au gérondif : penser en faisant, réagir en construisant. Il ne s’agit pas seulement de donner forme aux espaces, mais aussi d’appréhender les conflits et d’imaginer de nouvelles manières de les habiter. Entre urgence et espoir, l’architecture se déploie comme un outil pour appréhender le présent et projeter des futurs possibles.
Une géographie symbolique : l'architecture triangulaire
Le Congrès n'occupe pas seulement des espaces : il les structure. Les principaux lieux – les Tres Xemeneies à Sant Adrià de Besòs, le CCIB et le Disseny Hub Barcelona – forment une sorte de triangle symbolique qui rappelle conceptuellement l'installation sculpturale de Constantin Brâncuși à Târgu Jiu. Ici, cependant, le fil conducteur n'est pas seulement formel, mais aussi géographique et émotionnel : la mer Méditerranée fait office de colonne vertébrale, reliant espaces, discours et perspectives.
Cette visite inclut également la Sagrada Família, qui accueillera la cérémonie triennale de remise des prix de l'UIA, renforçant ainsi le lien entre patrimoine, spiritualité et contemporanéité.
Un congrès qui s'ouvre dans la ville
L'un des grands atouts du programme réside dans sa volonté d'ouverture. Plus de 70 itinéraires permettront d'accéder à des espaces habituellement fermés, faisant de Barcelone et de ses environs un prolongement vivant du congrès. Cette dimension urbaine est renforcée par la participation d'une centaine d'architectes locaux en tant qu'hôtes , des personnalités qui relieront les débats internationaux à la réalité spécifique de la ville.
Le cœur de cette ouverture sera le Forum Ouvert, au Tres Xemeneies : une structure éphémère face à la mer, pouvant accueillir 1 500 personnes, conçue comme un espace de débat horizontal. Ici, les frontières entre orateurs et public s’estompent, et l’architecture devient un dialogue partagé. La structure elle-même, construite à partir d’éléments locatifs, met en pratique les principes de développement durable défendus par le Congrès.

Des voix qui définissent le présent
Ce programme réunit un panel de figures majeures de l'architecture contemporaine. Parmi les intervenants figurent les lauréats du prix Pritzker, Lacaton & Vassal, Shigeru Ban, Amateur Architecture Studio et Smiljan Radić, récemment primé. Participent également les lauréats du prix Mies van der Rohe 2026, Architecten Jan de Vylder et Inge Vinck.
La sélection s'engage en faveur d'une réelle diversité : territoriale, générationnelle et de genre. Elle associe des parcours établis à des pratiques émergentes, dans une volonté explicite de construire un récit pluriel sur les enjeux contemporains.
Recherche, expérimentation et avenir
L’espace d’exposition central, d’une superficie de plus de 4 000 m², sera l’un des lieux clés du congrès. Il réunira douze projets de recherche issus du programme « Recherche par le design » , ainsi que des prototypes, des installations et des projets développés lors d’ateliers internationaux. Cet espace fonctionnera comme un laboratoire ouvert, où la recherche deviendra concrète et accessible.
Barcelone, entre mémoire et projection
Le retour du Congrès à Barcelone n'est pas seulement une répétition historique, mais une réinterprétation. Si en 1996 la ville a consolidé son modèle urbain post-olympique, elle se présente aujourd'hui comme un territoire en constante évolution, conscient de ses limites et de son potentiel.
Dans ce contexte, la coïncidence avec l’Année dédiée à Antoni Gaudí et Ildefons Cerdà n’est pas anecdotique : elle symbolise la tension entre deux manières d’appréhender la ville – l’organique et l’ordonnée – qui continuent de dialoguer aujourd’hui.
