L'un des attraits de l'art contemporain réside dans la capacité des artistes à s'affranchir des fondements conceptuels hérités. L'exposition de Mikel Adán Tolosa à La Capella en est une parfaite illustration : une volonté inlassable de remettre en question les langages, d'investir de nouveaux espaces et de subvertir les imaginaires.
L'exposition, qui vise à remettre en question la dureté, instaure un dialogue entre les matériaux dans l'Espai Rampa de La Capella. Dans ce contexte, l'artiste cherche à redonner leurs lettres de noblesse à des corps souples, froids et pourtant confortables, traditionnellement exclus du champ de la sculpture.

Avec le beurre comme élément central et en dialogue avec la pierre locale, Mikel Adán propose une approche du territoire catalan à travers un herbier qui reproduit, dans un esprit onctueux, une variété d'espèces de la flore indigène. Le jeune sculpteur porte une attention particulière aux fleurs endémiques menacées d'extinction qui, à l'instar du beurre, par leur nature éphémère, confrontent la durabilité de la pierre, historiquement liée à la tradition sculpturale.
Cette pépinière aux teintes onctueuses reprend le fil que Manolo Hugué avait commencé à tisser au début de sa carrière, comme le raconte Josep Pla dans La vida de Manolo . Hugué avait réalisé des sculptures en beurre pour les vitrines des épiceries et des laiteries, avec l'ambition de se faire une place dans le paysage sculptural catalan. Quatre-vingts ans plus tard, Mikel Adán reprend ce geste pour rendre hommage à ces commerces qui, de plus en plus, semblent partager le même parcours vital que les fleurs onctueuses et indigènes choisies par le jeune artiste de Calderón.

À l'instar d'Hugué, Adán expose certaines de ses fleurs en beurre dans les vitrines de ces établissements. Ce geste révèle non seulement la fragilité structurelle du commerce local, mais aussi le manque d'espaces d'exposition auquel sont confrontés la plupart des jeunes artistes catalans. Bien que le jeune sculpteur ait mis au point, avec l'aide de Huaqian Zhang, un procédé de réfrigération simple qui stabilise partiellement le beurre, la transformation de ce matériau compostable au fil du temps est inévitable. Cette altération inhérente illustre la précarité qui caractérise très souvent la production artistique contemporaine, marquée par la difficulté d'exposer et, surtout, de conserver les œuvres, ce qui pousse les artistes à travailler avec des matériaux éphémères.
L'un des aspects les plus complexes de la proposition sculpturale réside dans l'utilisation lucide de la figuration. Pour Mikel Adán, la reproduction fidèle de formes réelles devient un outil essentiel pour rendre son discours plus accessible au public. En ce sens, la représentation figurative de fleurs indigènes fait office de pont entre le langage matériel et l'expérience perceptive du spectateur.

Le beurre s'impose ainsi comme un matériau idéal pour l'articulation discursive de l'exposition. Cependant, il constitue un matériau problématique en soi : c'est un aliment qui exige un élevage intensif et une production industrielle. Consciente de cette contradiction, l'artiste a choisi d'utiliser des barattes à beurre industrielles, intégrant ainsi une réflexion sur l'utilisation des ressources dans l'art contemporain.