L’artiste Oriol Vilanova représentera l’Espagne à la 61e Biennale de Venise avec son projet « Les Vestiges », une exposition présentée du 9 mai au 22 novembre 2026 au Pavillon espagnol, sous le commissariat de Carles Guerra. Le choix de Vilanova place au cœur du pavillon une pratique artistique qui s’inscrit dans la durée, se caractérise par une approche conceptuelle rigoureuse et une profonde attention portée aux implications politiques de l’image.
L’exposition s’articule autour d’une collection de cartes postales que l’artiste a rassemblées pendant plus de vingt ans dans les puces et les brocantes. Ce qui pourrait paraître un geste presque anecdotique – la récupération de fragments de correspondance quotidienne, d’images répétées de monuments, de paysages et de sites touristiques – devient le cœur d’une exploration de la mémoire et de ses mécanismes de construction. Ces cartes postales, conçues comme des vestiges d’expériences privées et comme des témoins d’une économie visuelle de masse, acquièrent une nouvelle dimension : ce sont des ruines contemporaines, les vestiges matériels d’un imaginaire partagé.
Sous l'œil de Vilanova, l'accumulation cesse d'être une simple somme et devient une méthode. La répétition insistante de l'iconographie révèle comment l'image touristique non seulement documente un lieu, mais le produit aussi symboliquement. Chaque carte postale en dit autant sur ce qu'elle représente que sur le système qui l'a engendrée : circuits de consommation, logiques de standardisation, promesses d'expérience. L'archive devient ainsi un outil critique qui interroge la naturalisation de certains récits visuels et met au jour les mécanismes de la circulation mondiale des images.
Le pavillon espagnol à Venise sera conçu comme un « anti-musée » en perpétuelle évolution. À l’opposé de la muséographie traditionnelle – fondée sur la classification, la hiérarchie et la stabilité du récit –, le projet privilégie une configuration ouverte et dynamique, où l’acte persistant de collectionner s’affirme comme une pratique esthétique et politique. Loin de monumentaliser les objets, l’installation les active comme points de friction, susceptibles de générer de nouvelles associations et interprétations.
Dans ce contexte international, la Biennale devient une tribune privilégiée pour amplifier une réflexion qui transcende le cadre local. « Les Vestiges » s’inscrit dans les débats contemporains sur la surproduction d’images, la fragilité des supports physiques et les forces économiques qui déterminent ce qui mérite d’être préservé et ce qui est voué à l’oubli. En plaçant le résiduel au cœur du discours de l’exposition, le projet nous invite à reconsidérer la valeur culturelle de ce qui semble insignifiant.
La participation de l’Espagne à cette édition réaffirme ainsi son engagement envers des pratiques qui interrogent les systèmes de représentation et proposent de nouvelles lectures du passé à partir du présent. Dans « Les Vestiges », le apparemment insignifiant se révèle un espace de résistance critique : un lieu où la mémoire n’est pas présentée comme un récit clos, mais comme un champ ouvert de débat et de réinterprétation.