Du 2 au 7 février, les galeries d'art contemporain espagnoles resteront fermées. Il ne s'agit pas d'une simple pause saisonnière ni d'un changement d'exposition : c'est un acte de protestation sans précédent dans le secteur. Plus d'une centaine d'espaces ont décidé de suspendre leur activité pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme une situation critique : le refus du gouvernement d'appliquer un taux de TVA réduit à la vente d'œuvres d'art, comme c'est déjà le cas dans la plupart des pays européens.
La manifestation est organisée par le Consortium des galeries d'art contemporain et bénéficie du soutien d'associations régionales, dont LaVAC, qui représente les galeries de la Communauté valencienne. Le geste est symbolique, mais fort : pendant une semaine, ces galeries cesseront d'être des espaces culturels libres et ouverts à tous. « De cette manière, le plus grand musée d'Espagne est mis à l'arrêt », indique le communiqué officiel.
Idoia Fernández, présidente du Consortium, estime que plus de 200 galeries ne rouvriront pas leurs portes à partir de lundi. « La fermeture est une décision très douloureuse, notre dernier recours. Nous espérons qu'elle portera ses fruits, car nous sommes dans une situation critique », déclare-t-elle, visiblement inquiète du manque de réaction du gouvernement. « Le pire, c'est justement cette absence de réaction. De nombreuses réunions, certes bien intentionnées, mais il semble qu'ils aient décidé de ne rien faire », remarque-t-elle à propos des ministères de la Culture et des Finances.
Au cœur du conflit se trouve la TVA de 21 % appliquée à la vente d'œuvres d'art en Espagne. Ce taux contraste fortement avec les taux réduits pratiqués dans les pays voisins : Italie (5 %), France (5,5 %), Allemagne (7 %), Portugal (6 %) et Belgique (6 %). La directive européenne 2022/542 autorisait les États membres à adopter ce taux réduit et fixait une date limite au 1er janvier 2025, mais l'Espagne ne l'a pas encore mise en œuvre.
Les galeries affirment que cette disparité fiscale les désavantage face à la concurrence, freine l'internationalisation des artistes et menace la pérennité d'un secteur déjà précaire. Alors que d'autres domaines culturels, comme le cinéma, la musique et les arts du spectacle, bénéficient d'un taux de TVA réduit, les arts visuels continuent d'être considérés comme un produit de luxe.
Bien que les galeries rouvrent leurs portes le 9 février, le conflit est loin d'être résolu. Le secteur avertit qu'il ne s'agit que d'une première étape et n'exclut pas d'autres actions si aucun progrès n'est constaté avant des événements clés comme ARCO, qui se tiendra du 4 au 8 mars à Madrid. Pour l'heure, le plus grand musée gratuit du pays ferme ses portes pendant une semaine afin de rappeler à tous que, sans conditions équitables, la culture peut aussi disparaître.