Extreme Collision est une exposition consacrée aux affiches de cinéma peintes à la main au Ghana dans les années 1990, une expression visuelle radicale et libre qui transforme l'imaginaire cinématographique en un art populaire percutant. Visible à la Filmoteca de Catalunya jusqu'au 31 janvier, l'exposition propose un parcours à travers ces œuvres uniques, créées par des artistes locaux pour promouvoir les projections itinérantes, et met en lumière leur force esthétique, leur créativité débordante et leur valeur culturelle qui dépasse la simple publicité.

Affiche du film « Ghost » (Jerry Zucker, 1990).
À la fin des années 1980, le Ghana sombrait dans une profonde crise économique, conséquence de décennies de corruption structurelle et d'une longue période d'instabilité politique. Dans un contexte marqué par le manque d'emplois et d'infrastructures culturelles, un groupe d'entrepreneurs locaux a trouvé une solution inattendue qui allait donner naissance à un phénomène unique à l'échelle continentale : la création d'un vaste réseau de projections vidéo itinérantes, apportant le cinéma dans les quartiers, les villes et les espaces improvisés à travers tout le pays.
Pour attirer le public vers ces cinémas ambulants, souvent installés sur les marchés, les places ou dans des locaux temporaires, les organisateurs firent appel à des artistes locaux formés à la peinture publicitaire urbaine, généralement spécialisés dans les enseignes de magasins, de bars ou de salons de coiffure. Ces créateurs commencèrent à peindre à la main des affiches de films publicitaires sur des sacs de farine en coton recyclé : un support résistant et économique, facile à enrouler, à transporter et à accrocher. Chaque affiche devenait ainsi une pièce unique, librement réinterprétée à partir des jaquettes de VHS ou des récits oraux sur les films, sans aucune obligation de fidélité à l’original.

Affiche de film collée sur un tableau noir. Accra, 1996. Photo Ernie Wolfe III.
L’exposition « Collision extrême » , dont le commissariat est assuré par Beatriz Leal-Riesco, réunit une sélection d’affiches des années 1990 signées par une vingtaine d’artistes majeurs de ce mouvement unique. Ces œuvres témoignent d’une fusion vibrante entre la tradition artistique ghanéenne – expressive, symbolique et d’une intensité chromatique remarquable – et les stratégies visuelles de la publicité occidentale, notamment les images hyperboliques des films d’action, d’horreur ou d’arts martiaux. Il en résulte un univers visuel foisonnant, empreint d’une liberté créative radicale, où l’imagination dépasse souvent les limites du récit cinématographique.
Sur ces affiches, les cinémas de Bollywood, d'Hollywood et de Hong Kong coexistent et se mêlent aux mythes locaux, aux figures spirituelles et à leurs propres références culturelles, donnant naissance à des scènes exagérées, violentes ou fantastiques qui reflètent à la fois les angoisses et les aspirations d'une société en pleine transformation. Au-delà de leur valeur esthétique, ces œuvres constituent un témoignage social et historique d'un moment précis du Ghana, où la créativité populaire a transformé la précarité en moteur d'innovation culturelle.

Affiche « Temps mourant » (Allan Kuskowski, 1990).
Plus d'activités autour d'Extreme Collision à la Filmoteca
L'exposition est complétée par un programme d'activités qui élargit et contextualise son univers visuel, offrant au public des outils pour approfondir les aspects historiques, esthétiques et conceptuels du phénomène des affiches peintes à la main au Ghana.
D’une part, des visites guidées animées par Jordi Costa, responsable des expositions au CCCB, sont prévues le 21 janvier 2026 à 18h30 dans le hall d’exposition. Ces visites proposent une lecture critique des œuvres présentées et de leur contexte de production, en mettant l’accent sur les liens entre culture populaire, cinéma et imaginaire collectif.
Le 8 janvier 2026 à 19h00, la salle d'exposition accueillera l'activité « L'Action de la conservation » , animée par Marta Freixa et Núria Expósito. Cette session proposera une réflexion sur les enjeux de la conservation d'œuvres initialement conçues comme des matériaux éphémères et fonctionnels, et ouvrira un débat sur la préservation du patrimoine visuel populaire et ses implications muséales.

Affiche du film « Hard Boiled » (John Woo, 1992).
Le programme se conclut par plusieurs séances de présentations établissant des liens entre l'exposition et l'histoire du cinéma. Le 16 janvier 2026 à 19h00, à l'auditorium du MACBA, le film Testament (John Akomfrah, 1980, Ghana) sera projeté, en collaboration avec le MACBA et dans le cadre de l'exposition « Projecting a Black Planet. The Art and Culture of Pan-Africa ». Cette projection permettra d'inscrire l'exposition dans un récit plus large portant sur les images, les voix et les récits de la diaspora africaine.
Enfin, le 21 janvier 2026 à 20h, la Sala Chomón accueillera la projection de Back in Action (Steve DiMarco et Paul Ziller, 1994, Canada), suivie d'une présentation de Jordi Costa. Cette séance dialoguera directement avec l'esprit excessif et transgressif des affiches exposées et mettra en lumière la circulation mondiale des genres, des esthétiques et des imaginaires cinématographiques qui ont alimenté ce phénomène visuel singulier.

Vidéoclub Joy Video Center. Accra, Ghana, 1998. Photo Ernie Wolfe III.